2017/04/27

Avis aux bossus



La vie dont nous jouissons n’est que la matérialisation éphémère et imparfaite de la vie éternelle. Notre âme en s’incarnant prend une apparence que nous considérons être nous-même. Cette incarnation n’est pas sans défauts ce qui nous fait tous regretter de n’être pas mieux lotis en ceci ou en cela, tant pour le corps que pour ses facultés.

Prenez une forêt de chênes. Chaque arbre est un chêne mais, non seulement tous sont différents mais pour un individu magnifique, il en est une multitude qui n’en sont que des copies imparfaites. De fait, chaque représentation de l’essence ‘chêne’ n’en est qu’une actualisation contingente qui dépend d’une infinité de facteur pour devenir un représentant de cette essence.

La nature fait des sauts, contrairement à l’avis des évolutionnistes (cf. par exemple les travaux d’Anne Dambricourt, de Bernard d’Espagnat …) et, chaque nouvelle espèce qui apparaît n’est pas l’évolution de celles qui la précède mais bien l’apparition d’une forme nouvelle ayant son essence et ses caractéristiques déterminées avant son apparition, sa matérialisation. Or, chaque représentant de son espèce, tout en étant imparfait tient sa nature de son essence.

Si donc chaque individu d’une espèce est imparfait du fait de sa matérialisation, sa nature elle est en tout point conforme à son essence. Si la vie matérielle n’est que la cristallisation de cette essence, et que cette vie existe en dehors de sa matérialisation, alors la nature de chaque individu d’une espèce est parfaite en dehors des conditions de son apparition conjecturelle.

Donc, sans perdre rien des caractéristiques de son incarnation, la nature même de chaque être est, en amont ou en aval de sa matérialisation ne peut avoir aucun des défauts qui nous chagrinent si fort en ce monde. En réalité, chaque individu est parfait dans son essence. Dans la vie qui précède et suit notre existence terrestre, les bossus n’ont pas de bosse …



2017/04/26

Rassoutex & Co



Plus de 10.000 kms à pied avec un âne et un mulet en 4 ans 
de France à la frontière Chinoise puis Afghane 
et retour faute de visas ... Morgane et David, à voir et à lire !!!




























EXTRAITS:


C'est du domaine de l'expérience. Ce sont des moments qui ne se racontent pas parce qu'ils ne peuvent pas être compris intellectuellement. Pourtant j'ai tellement envie de partager. Ce mutisme. Cette solitude main dans la main avec les éléments. Et Rassoudok à ma gauche. Et Cortex qui voudrait le doubler, encore et toujours. Le vent qui brûle mon visage de son fouet. Le froid. Mon corps au chaud sous toutes mes couches. Sauf mes doigts. Eux ils crient la brûlure du sang, comme les joues. Aux alentours il n'y a rien. Que nous.

Et même s'il est une rare voiture qui passe, il n'y a finalement toujours que nous. C'est comme ce vieil homme que j'ai un jour accompagné de mon accordéon, il marchait si lentement. Si lentement qu'il me donnait tout le temps de voir la vie avancer sans lui. Tout court autour. Tout s'emballe dans la vitesse. Tout nous laisse derrière. Et nous, le vieil homme, Rassoudok, Cortex et moi, nous observons. Ils ont l'accélérateur, nous avons le temps.

La neige s'ajoute. Elle s'infiltre entre mes cils et sous mes paupières. S'accroche dans les crins et les duvets. Les rafales dansent avec les flocons qui nous aveuglent. Ce souffle inlassable vient d'une respiration si lointaine... Il expire en discontinue car rien n'existe ici pour le stopper. Les monocultures défient l'horizon. Alors il rôde, perdu, à la recherche d'un affront. Si minces de nos maigres corps érigés sur cet espace lisse et sans fin nous sommes à peine une insolence. C'est pour ça qu'il nous aime bien. Le vent aime le culot. Il joue avec nous. Il sait que nous ne le ralentirons même pas. Il nous emplis de sa voix, de son rire. Nous sommes seuls face à lui qui nous compte ses poèmes. Marchons. Marchons droit vers le démesuré. Marchons droit vers l'inépuisable. Tout est froid au dehors. Tout est chaud au dedans.

Par chance les heures de lumière sont les plus courtes de l'année et l'espace créé par la solitude me gonfle d'énergie. Je ne cherche pas le contact avec les autres et limite mes échanges au minimum et à l'indispensable. L'overdose humaine du continent Asiatique est fraîche et mes sens ne demandent qu'à s'épurer du trop-plein qui les a engourdit. Je fais donc le choix d'une cure de mes congénères. Sans les éviter pour autant.
Je m'extasie devant la nature qui, avec mon petit âne et mon sage mulet, devient une fine complice à l'écoute de mes confidences et de mes histoires, attentive à mes besoins et porteuse de messages enfouis. Je me régale des silences. Je contemple et apaise mon corps qui parfois souffre du froid avec l'apaisement de mon esprit.

Chaque matin je me lève avant le jour, libère de sa corde l'un ou l'autre de mes compagnons aux longues oreilles et déplace l'autre sur un nouveau terrain d'herbes, chauffe un thé et avale une tasse de céréales, prépare le matériel puis dégèle au mieux la tente dont les tissus sont cartonnés de glace. Je brosse, cure et bâte Cortex et Rassou, puis m'élance sur les chemins aux premières lueurs. L'instant magique du jour. Les arrêts de mi-journée durent à peine deux heures, sauf en cas de bain et lessive, et la marche reprend jusqu'aux bâillements de la lumière, du moins jusqu'à un lieu propice au campement, avec en priorité un regard sur la qualité de l'herbage. 
Mes soirées, une fois les animaux débarrassés de leurs fardeaux, remerciés, cajolés, ayant bu et broutant, débutent par une fringale, avant de préparer la nourriture du lendemain midi, de pétrir et cuir mon pain, de chauffer l'eau qui servira à me laver les pieds dont l'entretient méticuleux permet seul la santé de tout le corps, de remplir la théière d'eau qui gèlera durant la nuit et sera fondu au matin au contact de la flamme du réchaud. Ensuite, une fois couvertures et duvets installés, je m’emmitoufle dans les couches qui seules me protègent des températures négatives pour dévorer des pages de livres à la lumière de ma lampe frontale, ou bien gratter une mine sur les lignes d'un cahier. Jusqu'à ce que le sommeil m'oblige à m'oublier.


Les journées passent et se ressemblent. Les rues des villes et villages figées par le froid sont grises, vides et éteintes, seules les cheminées qui fument et fendent les ciels de cristal de l’hiver assurent que des êtres vivent encore dans ces contrées, blottis derrière les murs. On ne les voit que rarement, à l'occasion, pour une attention furtive et touchante : un peu de foin, un café, un bout de fromage ou une pomme. Plus à l'Est, plus loin que le Bosphore, les gens ne cachent pas leurs visages à l’hiver, ils le narguent fièrement mains nues, emplissant les quartiers de toute la chaleur qu'ils contiennent, comme pour oser le contrepoids, comme pour rehausser les mesures des thermomètres qu'ils ignorent. Ici ça n'est pas pareil. On traverse l’hiver en le fuyant et sans lui piper mot, de peur qu'il ne se vexe et brandisse son épée. Autant qu'on louche généralement sur l'inconnu et qu'on l'évite s'il ne force pas l'échange, de peur d'on ne sait quoi. Je crois qu'en Bulgarie on a beaucoup peur, et que si le passé en est la cause, il serait grand temps de revenir au présent.


Les âmes que je recroise ici ont été forgées par ces dernières années de diverses manières, et ce qu'il me plaît à découvrir chez les autres c'est l'acceptation de ce qui est, un calme humble que je n'avais pas connu, ainsi qu'une nouvelle sagesse de décisions. Ce que je découvre en moi-même c'est l'évaporation de tout jugement, je ne vois plus que les efforts et la beauté des tentatives. L'air que nous respirons est gorgé d'apaisement commun.


Comme en signe de bienvenue les montagnes bombent leurs monts face à nous tout cependant que le ciel déverse ses eaux par torrents. La pluie qui trempe, dégouline douce et froide sur nos habits, génère les grelots du grain de notre peau. La pluie, artiste créant le vert, ce don, ce miracle. La pluie qui embrasse le monde, ses champs, ses forêts, ses toits, ses routes, ses trottoirs, ses chapeaux, ses mers et océans. La pluie qui immerge de son amour tout ce qui se trouve sous sa main, même les ingrats, comme je le fut moi-même longtemps. Moi qui eut vu la pluie telle des larmes, aujourd'hui je sais m'être fourvoyée. Elle est le baume que supplient toutes les terres assoiffée et brûlantes de poussières que nous avons côtoyé durant l'année passée.

La frontière Asiatique, ligne lumineuse immobile, à présent derrière nos dos, se suspend au-dessus des flots de la rivière. Ici même de nombreux émigrés se sont jetés et se jetteront sans doute encore dans un ultime espoir de rêve Européen. Comme nous l'a été compté de bouches-passées-par-là certains y ont perdu la vie, d'autres ont rejoint le continent avec succès, d'autres encore se sont fait prendre par les gardes-frontière, parfois lâchement dénoncé par des locaux. Vendre un être humain, qui plus est sans considération pour les risques qu'il vient d'endurer et les difficultés ou probables horreurs auxquelles il tente d'échapper, est au-delà de mes capacités de compréhension. Soyez sûrs qu'en cas de guerre les leçons de la seconde guerre mondiale sauront malheureusement se révéler abominablement inutiles.

Dans un excès d'indignation, David et moi assis sur le métal gelé d'un banc, enfermés à l'arrière d'un véhicule d'incarcération et traités comme des criminels, nous enrageons une énième fois contre la police. Ce qu'on appelle présomption d'innocence, au vu du comportement des pions de l’État, ressemble bien plus à une présomption de culpabilité qu'autre chose. Mais gardons le sourire, tant bien même ils nous obligent à quitter animaux et bagages au bord de la route et sans surveillance, tant bien même ils nous reluquent le sourcil hautain et haineux, la langue accusatrice et le crachat venimeux. Tant bien même, après avoir tout tenté, n'ayant rien à nous reprocher, ils paradent soudainement une hypocrite sympathie imprégnée de pitoyables excuses. «  Vous savez, avec tous ces étrangers qui tentent d'entrer...  » Bienvenue dans l'Union Européenne, la perle de la Démocratie et des Droits de l'Homme  ! Un exemple mondial de respect  !







2017/04/09

Art Dimension













video

JANE HONICKER (chant) et JEAN-MARC VALLOD (claviers)
Soma Holiday, Art Dimension, 1984




































D'ailleurs, à propos des chats, si vous emmenez le votre
en Grèce, bouclez-le car les chiens semi errants sont partout.
Sur 5 petits de Juillet dernier, il en reste deux ici !! Le tigré
sur la photo du dessus, César n'est plus là ainsi que sa soeur
Folette ...



Et à propos des photos, toutes maison, le réglage des écrans
peut en modifier le rendu.

Après les chats grecs, une production de Salonique qui a de ça ...
quoiqu'ils aient réduit la bouteille, Europe oblige !


























2017/04/06

La Vie ...







La vie est un miracle. Le passage de la matière inerte à la ‘matière vivante’ reste inexpliqué. La ‘matière animée’ est-elle toujours de la matière ? Non, certes puisque la vie se compte en unités, en identités, en individualités alors que la matière n’est qu’amas de particules. La matière est toute puissante mais, bien que ses bouleversements aient plusieurs fois déjà  anéantit la vie sur terre, celle-ci est réapparue. La vie est un défi à la force la plus puissante de l’univers, celle qui fait tourner les galaxies, la force de gravité*. Plantez une graine, elle va monter le plus droit possible.

(C’est aussi la force de gravité qui fait tourner autour du pot, à la mode de chez nous …)

La vie qui se sait vivre – la conscience, est-ce un autre miracle ou une lapalissade ?

L’univers sans la vie n’existerait pas car il n’aurait pas de but étant un espace mort. A partir du moment où il y a un univers, la vie doit advenir.

Cependant, la vie est une antithèse de la mort, et donc de la matière même dont elle est sortie. La vie ne devrait pas être. Comment concilier un volcan et un papillon ? Or, la vie est. A côté du volcan, sur le volcan, dans le volcan même. Et quand celui-ci explose, la vie disparait. Un temps. Mais aucun événement matériel ne saurait l’arrêter. C’est la matière qui disparaitrait si la vie se retirait d’elle.

La vie sort de la matière, elle est dans la matière, dirait-on, mais c’est l’inverse. La vie se sert de la matière pour apparaître, non pour être. La ‘vie matérielle’ est une apparition de la Vie, une apparition conjecturée à une époque, un environnement, un exemple limité et temporaire de ce que doit être la Vie, celle qui est illimitée car non actualisée matériellement, organiquement. La vie est un rythme et une mélodie imparfaitement reproduits dans l’univers.  

La matière a la flèche du temps, horizontale, la vie a celle du bien, verticale. La vie va vers plus de compréhension, plus de conscience, la vie au fur et à mesure de son avancée crée des liens, une histoire, un univers qui contient l’univers matériel et le dépasse infiniment ce qui explique que l’univers matériel soit infini lui-même et en expansion indéfinie.

L'avancée de la vie n'est pas prête de s'arrêter, et elle se fait, se fera avec ou sans l'homme ...


Mais, gardez-vous bien de l'adorer, la vie !  


2017/04/02

Matérialité Immatérielle





Qu’est-ce que la mort ? L’absence de vie, or, la vie est partout, même dans le vide. La mort est donc la fin d’une personnification individuelle, d’une incarna       tion unique du principe de vie, d’une actualisation.

Où est la vie ? Non dans les amas de matière, ni dans les forces qui les régissent mais dans les liens entre toutes choses. La vie véritable est invisible, elle qui constitue la trame de la réalité perçue, de l’existence apparente.

La réalité de l’existence est dans les liens qui dirigent matière et forces pour leur donner un sens. Matière et forces, énergie, n’ont pas d’existence propre. L’univers dans son infinie complexité n’est qu’un substrat, une illusion faite réalité apparente. La réalité réelle est dans l’idée qui préside au déploiement de la matière et dans les liens qui existent entre les différentes entités vivantes car, l’expérience de la vie dans l’univers matériel est celle de ces liens, de leurs naissances et de leurs évolutions.

De la même façon que les atomes qui forment des molécules et des corps inertes ou animés ont tous entre eux des ramifications innombrables, les liens entre les entités vivantes forment un réseau incalculable de relations qui sont la substance d’un univers invisible qui, pour n’être pas apparent n’en est que bien plus réel que l’autre puisqu’il est en quelque sorte sa raison d’être, son but. Or, ce monde des liens qui forme un réseau entre les êtres vivants étant immatériel, il n’est pas soumis aux mêmes lois que les objets matériels bien qu’il paraisse en être une émanation aux yeux de certains.

Les lois qui gouvernent notre monde visible ne sont qu’une émanation du monde invisible des liens comme le prouve si clairement la physique quantique. C’est ainsi et non le contraire. Car, pour qu’une chose existe dans le monde visible, lois de la matière comprises, il faut qu’elle ait son rôle dans le monde invisible, qu’elle en soit une application, une fonction. En quelle que sorte, le monde matériel est la substance et le monde invisible l’essence. Une des différences entre les lois du monde matériel et celui des liens est que, les choses crées, les événements  matériels sont temporaires et transformables alors que les liens créés sont ineffaçables. Tels qu’ils ont été, tels seront-ils à jamais. Une autre différence est leur non-limitation matérielle. Le nombre de liens, leur complexité, leur évolution est sans limite.

Une conséquence de ces deux premières différences est que le monde des liens est infiniment plus riche, plus vaste que le monde d’apparence réelle. Une troisième différence est que, dans ce monde existe des choses qui ne sont pas dans l’autre. Rêves, désirs, souhaits, espoirs, visions sont des faits qui, sans être actualisés n’en ont pas moins été évoqués, créés dans la pensée, dans l’âme. Certes, ces évènements n’ont pas de destinée propre mais ils n’en sont pas moins liés, par leur origine et leur influence aux évènements matériels qui, de fait n’en expriment qu’une infime partie. Ce fait augmente d’autant la richesse de ce monde.

La matérialité est en quelque sorte la partie émergée de l’iceberg du monde total, et pas la plus réelle. La partie immergée est le livre de la vie. Il contient tous les évènements connus et inconnus, toutes les relations entre les êtres, du premier au dernier, avérées ou ignorées.  L’histoire connue, notre histoire, celle de chacun et de tous ne représente qu’un grain de poussière dans la somme de liens enregistrés dans l’histoire de la vie. Car, il n’y a qu’une histoire, celle de la vie. Les autres sont comme des bulles de couleurs s’évaporant petit à petit. Seule la vie enfante, seule la vie féconde, seule la vie est.

Vous qui cherchez la vie éternelle … Ne cherchez plus ! Vous l’avez déjà ; 
cependant, s’il ne s’agit pas de la gagner encore faut-il ne pas la perdre.




L'homme 'Enculturé'




L’homme est beaucoup plus ce que la culture le fait devenir que ce que la nature l’a créé pour être. Ainsi, quand on rencontre un autre que soi, on croit avoir affaire à un de ses semblables alors que c’est un étranger. Proche en apparence, lointain en réalité. Lointain dans l’orgueil de la place que chacun croit détenir après s’être longtemps formé aux labyrinthes sociaux-culturels en cours. Lointain par les méandres dont chaque homme a torturé son esprit pour devenir un être unique, original dans une société de clones … illusion !

L’homme est unique par nature. La culture uniformise, qu’on la prenne par la grande porte ou à rebrousse-poil. La culture endeuille les instincts et l’homme ‘enculturé’ devient un étranger non seulement aux autres mais à lui-même. N’étant plus un homme mais un personnage, il se croit obligé d’être aussi un roi, un chef, un apôtre, un sbire, un capo, un tyran, un guerrier, un bourgeois, un propriétaire, enfin, un rouage du système dont il s’est fait le chantre. Le théâtre est au coin du trottoir. L’illustre Molière a pris ses modèles autour de lui.

Quand vous croyez avoir devant vous un individu avec du cœur, du raisonnement, de la droiture … vous n’avez que l’image de ce qu’il pourrait être car les hommes sont des machines à servir leur identité culturelle, des robots qui défendent la société nourricière contre leur propre nature, et la vôtre, envers et contre tout. Ces individus défendent par exemple le lait en poudre contre l’allaitement, les riches contre les pauvres, soient-ils pauvres eux-mêmes car leur propre image est sur la boite et non dans leur peau. Vous avez dit Zombie ?

Ces hommes n’ont pas d’histoire car leur propre histoire est celle du groupe, de la caste, du gouvernement, du journal de vingt heures. Leur existence est une appropriation de principes collectifs, d’étiquettes culturelles, de réflexes stéréotypés afin de représenter un type connu, une image légitimée de la représentation sociale, un Harpagon ou un Alceste, un Don Juan ou un Schwarzenegger, bref, un costume, un masque, un rôle, bon ou mauvais, peu importe. L’important est de figurer, de faire figure dans le drame social afin de voir dans le miroir un type, une pose, un personnage, une valeur, une vanité des vanités, un veau d’or.

Une autre conséquence de l’enculturation, pas si bof ce néologisme quoique probablement déjà décoré en œuf de pâques, c’est que l’homme perd définitivement son état de nature, par choix, et de fait, tout ce qui le lie malgré lui à la nature devient une charge pour sa prétendue royauté. Non que je me réclame de Rousseau mais au contraire, la nature bien apprise doit être pour l’homme le point de départ de sa société. Que nous apprend  la nature ? Déjà, que les plus belles choses sont souvent les plus fragiles, les plus éphémères, un papillon, un pétale, un sourire, et que la patience, la délicatesse, la précision, le courage sont des vertus naturelles, comme la joie, l’amour, la gentillesse … La vie.


Non, ce n’est pas la société qui fait l’homme mais l’homme qui doit faire la société à son image, naturelle !! L’héritage à léguer ne consiste pas en diamants,  en lois, en règlements, en traditions, en terrains, en chaines, fussent-elles d’or, mais en valeur humaine, en loyauté, en tendresse, en douceur, en noblesse, en honnêteté. Le terreau à ensemencer est celui de l’homme naturel, non celui de l’esclave social. Les oranges ne mentent pas. Un pépin d’orange donne un oranger. Une graine d’homme doit donner un homme, pas un serviteur de lois, un amasseur de matière, un répétiteur de ‘bonnes leçons’, un automate passant sa vie à courir après la médaille du meilleur robot. Prisonnier de son héritage culturel et séparé de la nature par vanité de se croire supérieur à elle, l’homme est devenu un étranger à sa propre nature … humaine. Notez, ce n’est pas que la culture soit mauvaise en soi, mais elle doit avoir de bonnes racines sous peine d’être ce qu’elle a toujours été, un doux poison.


Il est si facile de faire le mal … Il est si facile d’être ce qu’on n’est pas !
Le mal attire parce qu’il singe la vie, qu’il prétend être la vie


(nb: L’homme vulgaire a deux désirs : s’établir et gérer son bien, c’est-à-dire, avoir une maison ou un commerce, et des serviteurs dont le premier est sa femme. Car, ce qui importe le plus au monde à cet individu le plus représenté de l’espèce humaine, c’est d’avoir des habitudes. On n’est vraiment soi-même que si l’on a des habitudes, ce qui n’est pas faux en soi si celles-ci sont bonnes mais, les habitudes de l’homme vulgaire, riche ou non d’ailleurs, haut placé ou non, ces habitudes qui sont celles des Princes, et bien ce sont tout simplement des habitudes de plomberie dorée, métaphoriquement parlant. Or, on ne peut avoir de ces ‘saines’ habitudes que si on est propriétaire, et à son aise. En effet, il n’y a que l’habitude qui entraine sans coup férir la sécurité et la satiété et, tout le monde le sait, le bonheur est un Bouddha. Savoir qu’on pourra faire demain ce qu’on a fait aujourd’hui … Quel rêve !


Alors, laissez-moi vous dire ce que c'est que l'Habitude. L'Habitude émousse les émotions, l'Habitude écarte les surprises, l'habitude endort, enterre même, c'est le psychotrope le plus puissant de la création. Lisez-donc ce petit extrait de Ponson du Terrail:


"Tandis qu'on transportait, ce même matin-là, le citoyen Paul évanoui dans l'officine d'un apothicaire du voisinage, le père Bibi s'était prudemment esquivé, après qu'un bourgeois de son quartier, lui frappant sur l'épaule, lui eut dit avec un sourire moqueur : « Farceur ! Vous nous direz encore que vous n'êtes pas de la police! »

La foudre tombant sur sa tête, un abîme s'ouvrant sous ses pas, eussent moins terrifié le citoyen Bibi que ces simples paroles. Quoi ! Depuis vingt ans cet homme, un des plus habiles limiers de la police, était parvenu à se faire une réputation de bourgeois inoffensif. Quoi ! La rue Montorgueil, celle du Petit-Carreau et toutes les rues avoisinantes étaient persuadées que Bibi pleurait encore la boulangère et  un homme viendrait qui dirait : « Celui que vous preniez pour un honnête et paisible rentier, n'est qu'un vil délateur, un espion infâme qui livre les femmes et les filles à l'échafaud ! »

Bibi se disait tout cela en courant à toutes jambes dans la direction des Halles. Certes, il ne songeait plus ni à son ami le citoyen Paul, ni à la fille de ce dernier, victime de sa maladresse et qui allait périr, ni aux moyens de la sauver. Non, Bibi ne songeait plus qu'à lui-même. Il se voyait hué, chassé, massacré peut-être par une foule furieuse. Adieu sa partie de dominos, et son café de petits rentiers, et son restaurant modeste où il dînait si bien pour une livre dix sols, et son petit appartement dans lequel il avait passé vingt ans !

C'est chose bizarre que les coquins tiennent si fort à la considération. On eût nommé Bibi chef de la police secrète qu'il n'eût pas accepté. Bibi voulait bien être de la police, mais il tenait à sa petite réputation."


"L'homme est toujours plus flatté de posséder un talent qu'une simple qualité morale"
Ponson du Terrail

2016/12/19

Cadeau de Noël




Noël, c'est une période de trêve, de rêve, de partage, de souvenirs millénaires qui réchauffent le coeur comme les bûches du foyer d'une chaumière de montagne sous une épaisse couche de neige dans la nuit d'une forêt de sapin au clair de lune. Noël est comme un chant bien doux qui sort de la bouche d'une fillette endormant sa poupée pendant que sonnent les cloches d'une église lointaine.



"La rue du village est déserte. La lune dans son plein dessine l'ombre des maisons sur le sol couvert d'un manteau blanc. Les chiens n'aboient pas. Quelques flocons voltigent dans l'air sec de la nuit. En haut de la rue en pente parsemée de loin en loin de ronds d'une lumière jaune, un grand porche en pierre blanche s'illumine des nombreuses guirlandes reflétant des bougies abritées dans de petites niches de verre aux carreaux de couleur.

En cette soirée d'hivers qui débute, Jeanne est radieuse. Son homme qui vient de rentrer dans la grande pièce fredonne un air de chasse en se réchauffant les pieds à l'âtre. La table est mise avec un soin parfait. La nappe est lisse comme la surface du lac un jour sans vent. Les serviettes de fine toile écru ourlée de vert et de rouge font ressortir la blancheur des assiettes en faïence aux motifs floraux. Des rires cristallins s'échappent de l'escalier; ce sont les enfants qui s'habillent avant de descendre pour le repas. Un dernier coup d'oeil aux plats fumant fans l'âtre, un autre sur la crèche placée sous la rampe en bois foncé de l'escalier et sur les petits paquets de papiers brillants posés devant, tout est prêt.

André pose sa pipe éteinte sur le rebord de la cheminée et se lève en disant: "Ma douce, appelle voir les petiots qu'on voit si la dinde a bonne mine !" Les trois enfants descendent alors en se chuchotant des secrets et vont s'asseoir les yeux brillants de plaisir. Le silence se fait, le père dit une courte prière et le repas commence. C'est que ce soir, la nuit est plus qu'un jour. La lumière intérieure est plus forte que le soleil, c'est celle de l'espérance, de la foi et du bonheur, de cette paix des coeurs si difficile à réaliser sous les rayons du jour alors que tout se choque, que les destinées se croisent en se froissant, que les intérêts s'affrontent, que les vanités se heurtent.

Alors que toute l'année, la joie est bien bruyante, forte autant que fugace, alors que chaque journée apporte ses plaisirs et ses peines, là tout est calme et profond comme un horizon immense vu d'un col de montagne, parsemé de vallées verdoyantes, de rivières sauvages bordées de peupliers agitant leurs feuillages argentés sous la brise parfumée. Le sourire est sans nuages, la pensée s'envole à l'unisson des coeurs, Noël, Noël !! Alors chacun s'habille. On entend au dehors des paroles et des chants, vite, rejoignons les amis, les frères et les soeurs qui égayent le silence de la terre endormie. C'est Mathurin et Françoise, ce sont les jumeaux du grand Paul, c'est la calèche du docteur avec ses grelots, tous se dirigent gaiement vers l'autel tendu de pourpre et d'or.

Une odeur de feu de bois flotte dans la grand rue, les étoiles clignotent dans l'espace infini, les sabots garnis de laine font crisser la neige poudreuse, les chansons tourbillonnent dans l'air sec et serein, Noël, Noël !! Les enfants se tiennent pas la main, les parents se serrent par le bras, le prêtre est là, à l'entrée de l'église qui sourit à chacun en prononçant des mots de bienvenue, Noël ! Le petit orgue s'est tu, le silence est rempli de la paix des âmes qui s'élève dans l'ombre de la nef pour en franchir la voûte et rejoindre Dieu au firmament du ciel. Les enfants ont hâte de rentrer pour découvrir leurs cadeaux. Quelques poignées de mains, beaucoup d'embrassades, et la ruche se disperse en chantant d'allégresse accompagnée des cloches et d'un coq somnambule."



Eh bien, ce tableau enchanteur que j'ai tenté de dessiner sous vos yeux n'en est pas moins une illusion, si belle qu'elle puisse paraître, si véridique qu'elle fut en certains temps et certains lieux, car elle repose sur un système, sur une convention, et la preuve en est qu'il y a bien longtemps qu'une telle fête n'existe plus comme je l'ai racontée, malheureusement peut-être. Loin de moi l'idée de nier la beauté, la plénitude des coeurs qui avaient vécu de telles soirées, qui avaient eu la chance de ressentir les saines émotions décrites plus haut, à tel point que j'aurais souhaité vivre à cette époque plutôt que de nos temps. Mais, l'homme ne saurait faire de la réalité une fiction durable sans en éprouver à plus ou moins long terme son effondrement. Pourquoi cela ? Parce qu'il y a une différence extrême entre les conceptions humaines et l'organisation de la vie.

Quiconque se place d'un point de vue construit, élaboré par la raison se voit forcé d'appréhender les choses de l'extérieur, de donner un sens à l'expression de la réalité qui n'est pas, qui ne peut pas être le sens interne de la réalité décrite. Or, dans l'organisation de l'univers, chaque élément contient en lui-même son sens propre, ce qui fait que cette organisation n'est pas un système mais un ensemble dynamique potentiellement créateur par l'existence même de chacune de ses parties. Vouloir au contraire approprier à chaque partie de cette organisation naturelle une représentation, une fonction qui ne viendrait pas de l'intérieur même de chaque chose détruit la valeur propre des parties auxquelles s'appliquent une telle détermination et fait naître un système inerte en remplacement d'une organisation vivante, évolutive, créatrice.

Il est incontestable que l'homme ne peut se soustraire à une représentation des éléments au milieu desquels il vit mais, cette représentation pour être productrice et non réductrice se doit de conserver à chaque chose son identité première. Le processus de création est une opération interne qui procède de l'intérieur à l'extérieur. L'inverse n'est qu'une transformation qui, si elle peut amener de grands résultats n’entraînera jamais une véritable évolution des éléments concernés et finira inéluctablement par leur disparition. Il en est ainsi dans le mirage de Noël qui, s'il a soulevé de grandes joies n'en a pas pour le moins disparu dans son innocence et sa ferveur naïve parce qu'il est une convention, un système.








2016/11/21

Londres 1815 (et Australie, même époque)




Paul Féval, Jean Diable (John Devil / Hans Teufel), 1863


Londres 1815

"Londres, au commencement de ce siècle, avait des profondeurs si étranges et de si incroyables barbaries qu’on est tenté de se demander si notre Paris du moyen âge lui-même est jamais descendu jusque-là. Certaines portions de la Cité, Saint Gilles Spital-Fields et les limbes honteuses qui sont devenues le riche quartier des docks défiaient réellement toute description ; il y avait des centaines de rues barrées à la police ; à midi, les jours de brouillard, on étouffait les passants derrière la Tour, et, dans cette ruelle où nous sommes, à quelques cinquante toises du théâtre où notre Talma joua Shakspeare, il fallait la pluie du ciel pour laver le ruisseau sanglant.

Londres ne connaissait pas alors cette humble providence de la rue, le surveillant qu’on nomme spécialement le policeman ; il n’y avait que des sergents, des watchmen et des constables ; jamais encore homme de police n’avait montré sa baleine plombée en vue du bouge épique où nous allons entrer, et dont j’ai lu de mes yeux, en 1815, l’étiquette effrontée Will Scharper’s spirit shop.

Le cabaret que précédait ce vestibule d’infamie était vaste presque autant qu’une église ; mais cette large étendue elle-même présentait un aspect hideux, à cause du plafond en planches de sapin qui s’élevait à peine à six pouces au-dessus de la tête des consommateurs. Une demi-douzaine de lampes fumeuses, placées, les unes sur des barriques servant de tables, les autres à terre, mettaient dans les ténèbres des lueurs vagues et roussâtres. Une véritable fourmilière humaine grouillait sur le sol, jonché de paille humide et de débris : des hommes, des femmes, des enfants ; beaucoup de femmes et beaucoup d’enfants.


À droite de la porte d’entrée, dont le seuil était à trois marches au-dessous des fanges de la ruelle, quatre barriques vides supportaient un plancher de sapin, servant de comptoir et entouré d’une palissade de bois brut, comme on en voit en plein champ. Sur le comptoir se mêlaient en un désordre calculé les brocs, les bouteilles, les cruches et même des petits barils contenant les spiritueux en faveur parmi le peuple de Londres. Le rack, le porter irlandais, le whiskey d’Écosse et le gin, le lugubre et mémorable gin, boisson notoirement empoisonnée, et qui tue juste trois fois plus vite que les autres liqueurs fortes. C’est la préférée, là-bas. – Nous avons l’absinthe chez nous.

Dans les cabarets où le gin est le maître, on ne veut, d’ordinaire, ni porter, ni ale, ni vin ; mais au Sharper, on vendait de tout. Jenny Paddock, la veuve de Jean Diable, vous eût fourni au besoin du johannisberg dans un verre cassé, et du lacrymacristi dans une écuelle. Jenny Paddock était une Écossaise de cinq pieds six pouces, forte encore et charpentée comme un homme, mais hâve, tremblante et les yeux brûlés à vif. Elle se tenait derrière le comptoir, car la royauté du cabaret Scharper’s était tombée en quenouille. Deux laids coquins et deux fillettes de quatorze ans exécutaient ses ordres souverains.


Vers onze heures avant minuit, le Sharper’s était plein comme ces étuis de fer-blanc où nos pêcheurs à la ligne emprisonnent les vivants appâts qui attirent les goujons de Seine dans la poêle.
D’un bout à l’autre de l’immense salle, on voyait, vautrés sur la paille ou dans la fange, des groupes, la plupart immobiles, cuvant la lourde ivresse du gin. Dans le parloir, quelques chevaliers d’industrie de bas ordre, un peu moins misérables que le commun de cette tourbe abrutie, faisaient les grands seigneurs avec des coureuses de nuit.

La plupart de celles-ci, chose horrible à dire, et qui est une des plus profondes malédictions du vice anglais, n’avaient pas atteint encore la taille de la femme, et, sous ce masque uniforme que le gin colle aux visages de toutes ses victimes, on voyait poindre parfois la naïveté du sourire de l’enfant.


La fumée des pipes, rabattue par le plafond trop bas, mettait dans l’air un nuage tellement opaque que le regard le plus perçant n’aurait pu pénétrer à dix pas de l’entrée ; on percevait seulement des mouvements confus et de vagues lumières au travers de ces suffocantes vapeurs. Le bruit n’était pas, à beaucoup près, aussi intense que nous pourrions le supposer d’après les habitudes de nos tabagies françaises ; c’était un murmure grave et sourd, avec des cliquetis d’étain et de cuivre. Parmi ce vaste grognement, un blasphème s’élevait tout à coup, ou une menace ou un démenti de jeu. Il y avait des femmes ivres solitaires qui chantaient je ne sais quoi de monotone et de lugubre ; d’autres râlaient la toux du gin.


En somme, pour nous qui savons les refrains de nos joies populaires, cette bizarre boutique des plaisirs londonniens eût ressemblé à une salle d’hospice où la surveillance relâchée aurait laissé l’orgie se glisser parmi les mourants. C’était le Temple obscène de l’agonie en goguette.

(...)
Chose singulière l’Américain, cet Anglais et demi, qu’il soit du Nord ou du Sud, esclavagiste ou abolitionniste, déteste l’Irlandais comme il hait le nègre. L’Américain a reconnu dans l’irlandais le nègre blanc. Il l’abhorre d’instinct, par suite de cette aversion pour le malheur qui est le signe distinctif de la race saxonne.

À Londres, la plus cruelle insulte qu’on puisse infliger à un homme c’est de l’appeler pauvre."


(Moll Flanders de Daniel Defoe et d'autres romans dont certains de Dickens décrivent l'abominable dépravation de l'Angleterre du 19° siècle)



Australie 1815


"Il y a huit cents lieues du cap York jusqu’au cap Wilson, et  nul ne connaît la largeur de la colonie en tirant du rivage vers l’ouest, où les montagnes Bleues ne sont pas une frontière.

L’Angleterre a pris sur la carte du monde, à vue de pays et sans tracer une limite précise, cette immense étendue pour en faire une prison ; elle a rejeté les noirs à l’intérieur où le sol aride et infécond ne nourrit ni ne désaltère l’homme. Partout où il y a une goutte d’eau, un fusil anglais la garde, afin que les anciens maîtres du pays ne viennent point la voler. Il faut que cette eau, refusée à l’homme, abreuve les bestiaux, les chevaux et les moutons de l’Angleterre. Sans eau, toutes ces bêtes qui valent de l’argent mourraient. On trouve des noirs morts de soif sur le sable, mais ces noirs sont des hommes libres, qui par conséquent ne valent rien.

Ils se vengent en assassinant les blancs quand ils peuvent, à l’aide de leurs longs épieux, piquants comme des aiguilles. Les anglais disent que ce sont des bêtes féroces ; ils les chassent à
courre bel et bien en cette qualité. Ainsi marche la civilisation. Je me trompe : le dernier gouverneur de Port-Jackson a fait imprimer des Bibles en un langage mixte que ni les blancs ni les noirs ne comprennent, et il a enrôlé ou plutôt ameuté un millier de naturels qui font la chasse aux convicts échappés, afin de les dévorer quand ils les trouvent. Ils ne rapportent que la chevelure et sont payés sur la présentation de cette pièce, à bureau ouvert.

Les femmes ne sont point transportées, sauf de rares exceptions qui semblent réglées par l’arbitraire. Cette énorme étendue de pays manque de femmes, et sans nul doute cette condition particulière augmente la sombre férocité des populations. Les colons, dont le nombre va incessamment en augmentant, sont très-souvent des célibataires aventureux qui viennent tenter un coup de fortune. Il y a néanmoins des pères de famille, mais comme les stations des squatters (on appelle ainsi les fermes et les fermiers) sont disséminées à de larges distances, suivant le cours des rivières, leurs filles et leurs femmes sont perdues pour la société des villes. Nul ne vient là pour y rester. Chacun se hâte d’élever, de tondre ou de tuer ses moutons pour retourner en Europe et vivre en gentleman. Un jupon est une curiosité dans les rues de Sidney, et c’est à Sidney qu’il y a le plus de femmes en Australie.

Pendant mon séjour, il m’est arrivé d’assister au débarquement d’une cargaison de femmes à Port-Jackson. Dans la colonie australienne, il est sévèrement défendu d’acheter de la chair humaine, de frapper et de blasphémer. On vendit toutes ces malheureuses au milieu d’une tempête de jurons et de horions, à la face du soleil, sur le môle même, où le sang ruisselait."


2016/10/17

Provence, Providence




Des aboiements derrière ma porte. Réveil en sursaut. Je ne fais qu'un bon jusqu'à la serrure pour voir, au moment où je passe le seuil, un chien noir, de taille moyenne, plutôt gras, mais bien noir et blanc, qui se sauve de toutes ses pattes dans l'escalier. Je prends une poignée de cailloux que je lance prestement, puis une autre. Il a filé. Je lève les yeux pour voir deux des chatons accrochés au mur, littéralement, de toutes leurs griffes, arrimés au crépi comme s'il était en liège, le poil hérissé, le dos courbé, immobiles et grondant sourdement. Bien ça. Les décrocher est moins facile que d'enlever un chapeau chinois au rocher où sa ventouse le colle, et le crépis est du ciment ! Bon, un troisième sur le toit, un autre en haut du pin et le cinquième à la porte du voisin. Pas d'avarie, tous présents.






La mort est passée près. Des grenades pourrissent sur des grenadiers. Un litre de jus de grenade vaut 6 euros au supermarché en France, et bien plus ailleurs. Les vergers sont pleins de ces fruits brun rouge, parfois un peu jaunes, parfois rouge vif. Les fruits tombent ou prennent une couleur brune. Ils pourissent, faisant la joie des mouches qui y pondent leurs oeufs. Juchés sur une vieille petite moto, deux petits vieux passent, lentement, la femme en amazone, le visage ridé. Les enfants sont partis, à Athène et vers Athen, USA. La vie s'échappe de la foule qui marche vers son but unique et multiple, comme ces visages glabres et pâles des hommes de Tbilissi pendant l'ère communiste. Remonter l'avenue, faire le tour de la place et revenir. C'est dimanche. Marchons. Aucune cloche ne sonne, rien qu'un murmure sourd sous un ciel de plomb. Respiration confuse, regards éteints, le ventre d'une baleine est moins sombre que tous ces yeux sans vie.

La mère est arrivée, haletante comme un caniche dans le désert, épuisée, le sang vide d'énergie. Je verse des croquettes en tas. A peine en mange t-elle quatre fois, toujours essoufflée, qu'elle s'éloigne pour lancer ce roucoulement grave et doux. Elle appelle ses petits, à peine rassasiée, chancelante encore. La vie. Elle se dit Princesse, fille de Princesse. Elle habite au troisième, avec le chauffage central d'octobre à avril. Deux petits enfants vont et viennent, très occupés, bons enfants. En passant ils jettent un regard par la porte, curieux, intelligent, furtif. Trois verres de coca a demi vides. Les cris de la cour se confondent avec ceux des mouettes, le soir tombe, au revoir Princesse, merci Princesse. Rouge, impair et passe.

Cependant, il faut. Oui, il faut car s'il ne fallait pas, que faire, où aller, que croire ? Abondance ne signifie pas richesse, bien au contraire. Il ne manque de rien dans certains quartiers. La volonté de vouloir y domine, sans autre but que de vouloir, pour vouloir. Là, il ne faut pas, car nous voulons. Quoi ? N'importe puisque je veux, puisque tu veux, n'est-ce pas assez, n'est-ce pas mieux de vouloir que de devoir ? Cherchons, cherchons encore, ensemble, tous ensemble mais chacun pour soi car tu ne me vaux pas. Allez, allons, va toujours. Ah ! Qu'elle est belle cette rose d'automne, cette rose qui va se faner, rose au parfum suave, rose du dimanche, rose inconnue dans le brouillard du petit matin, lanterne dans la grisaille, entre chien et loup.




















Pas de fleurs dans l'océan mais la crête des vagues étincelle. Le soleil est là, brûlant, salé, énervant. Les caillous ne l'ont pas touché. Il reviendra. La vie. Bonjour, je m'appelle Siméon. Elle avait trente ans et pas d'enfants. Elle a un garçon, en Ecosse, maintenant un homme, même, c'était il y a si longtemps. La vie. Elle sait, elle savait, et elle n'a pas su car elle a voulu, elle l'a voulu. Non, elle ne regrette rien, peut-être simplement un foulard de soie vert et bleu avec un liseré doré. Forcalquier, une croix, la place du marché, le soir un bal folk. Sous les étoiles quelques feux dans une clairière en pente douce et la musique, des polkas, des mazurkas, même une bourrée, il fait frais, l'air est sec. La petite camionnette roule lentement sur cette route qui tourne sans cesse, qui monte et descend éclairée par la pleine lune entre des montagnes bleues, nous sommes trois devant.

L'homme est un être étonnant. Il flotte sur lui comme une malédiction. Oh ! Pas une malédiction Chrétienne, de celles qui font de nous des marionnettes mais un souffle de lassitude, un désir d'ignorance, une marée de lâcheté qui en se retirant laisse à nu des désirs échevelés, des forces contraires, des vagues qui se heurtent sans plus obéir ni au vent ni au courant, affolées par des écueils à fleur d'eau. Ce n'est pas que l'homme soit nouveau sur terre, non, des millénaires nous précèdent sur lesquels nous jetons un regard désabusé, contrit, pesant. Les heures passent et nul ne s'éveille car aucun n'a dormi, de ce bon sommeil qui fait des matins neufs, de cet assoupissement pétri de songes animés, de romans inachevés, d’entraînements insensés. L'homme ne dors ni ne veille mais suis sa trace, marquée dans un néant peuplé de fantômes, ombres animées qui rient de se voir avancer à la lumière quant au dedans tout est sombre comme dans un cloître gothique.





Comme la madeleine de Proust, l'odeur âcre et mielleuse du figuier fait vibrer une corde oubliée. Dans une clairière de petits chênes noueux, aux feuilles marrons, sèches et craquantes je m'élance et je danse, je tourne en rhytme, serrant une main puis une autre, grisé d'allégresse et d'oubli. Je sors à peine d'une citroen GS, voiture d'un voyageur de commerce allant à Digne. Le cendrier déborde de mégots de Gitane sans filtres, tous exactement de la même taille. Depuis trois heures qu'on roule, la nuit est venue. Les phares jaunes éclairent peu mais on ne va pas vite car la discussion ne s'arrête pas. Mais si, une bonne monarchie vaut mieux que la république, et laisser vos mains sur le volant, merci. Si je ne vis pas dans un tonneau, c'est bien qu'on ne me laisserait pas, et arrêtez, c'est là, au milieu de nulle part, sous les étoiles. J'avais seize ans.

2016/09/21

Droit devant




Il y a peu de lignes droites dans la nature mais, en s'élançant de courbes en courbes, il n'y a que peu d'échecs. La nature arrive toujours à son but.

L'homme, cette espèce dominante depuis plusieurs milliers d'années sur terre ne voit que des lignes droites. La courbe est une perte de temps, d'énergie. L'homme voit sa réalité en système binaire, zéro ou un.

L'espèce dominante représente le paradoxe d'être l'espèce la plus dominée sur terre, par ses semblables, et par les lois qu'elle s'est donnée afin d'éviter les courbes.

Cependant, pendant que l'homme civilisé s'élève en ligne droite, selon lui, la nature humaine n'a pas pour autant cesser d'évoluer, en courbes. L'anthropocène est une illusion.

Il doit donc arriver un moment où la ligne droite du progrès se croisera à la ligne courbe de l'évolution naturelle. Mais, si l'homme ne pense qu'à lui, à ce qu'il croit représenter par son évolution, son passé, la nature elle n'a que faire de continuer un même type et de le développer à l'infini. La courbe de l'évolution humaine doit donc, à l' insu du sujet lui-même, métamorphoser les hommes en une future nouvelle espèce qui ne pourra que se confronter avec celle de l'homme civilisé devenu un concept stérile.

Le véritable challenge humain n'est pas d'assurer la sécurité de l'espèce, au prix de la perte de sa liberté, mais d'envisager et de développer ce qui en l'homme est encore inconnu, ce qui est deviné, ce qui n'existe pas dans les conditions linéaires d'une existence fondée sur l'acquis, sur la tradition, sur le passé.

Dans cette perspective, deux conditions sont nécessaires et inévitables. La première est de ne jamais s'éloigner de la nature, nature humaine et nature environnante et la deuxième est de bannir des comportements tout ce qui tend à réduire l'homme à un être explicable, compréhensible, un être que l'on peut classer en catégories, que l'on peut former et déformer selon les besoins, que l'on peut soumettre à des expériences forcément réductrices et avilissantes, que l'on peut regrouper sous des bannières factices.

En d'autres termes, ce qui assurera l'avenir de l'espèce humaine est ce qui la rendra la plus diverse, la plus libre de ses choix individuels, la plus respectueuse de ses différences, pourvu que ce soient des différences naturelles et non sociales. Faute de quoi, l'homme se rapetisse, s'uniformise et dégénère lamentablement et exponentiellement comme c'est le cas à notre époque plus qu'à toute autre.

Le plus grand obstacle à l'épanouissement d'une société, non pas multi-culturelle mais multi-individuelle, en incluant dans la notion d'individu celui de famille au sens restreint, est la 'volonté de vouloir', les désirs de puissance et de gloire qui ne sont réalisés qu'au sein d'un groupe, d'une civilisation bornée à des valeurs tant unificatrices que réductrices. L'homme doit s'émanciper de la vision sociale, du culte du semblable permettant de prendre l'unification comme un milieu propice à l'élévation personnelle.

British "Empire"

Le principe de la non-évolution de l'homme, ou même de sa régression vient du fait que ce n'est pas l'homme qui crée la société humaine à son image naturelle et divine mais que c'est la société qui fait des hommes selon ses principes.

Afin de faire cesser ce désastre sisyphéen, il faudrait que les hommes élèvent leurs enfants à devenir des êtres humains au lieu d'en faire de futurs composants sociaux. Or, c'est généralement le cas tant que l'enfant reste reste conscrit dans sa famille. De fait, la plupart des bébés reçoivent de leurs parents, et principalement de leur mères, doit-on souligner, des enseignements conformes à la nature humaine. Sauf exception, jusqu'à trois ans, chaque petit d'homme est élevé en futur homme.
La suite change beaucoup selon les milieux mais c'est majoritairement à l'adolescence que le petit individu devient un petit rouage social. Il faudrait distinguer selon les différentes cultures pour analyser ce phénomène avec toute la profondeur et l'exactitude requise mais, connaissant la "civilisation" occidentale, je vais essayer de préciser dans ce cadre.

La première constatation à faire est que les familles n'ont que peu de moyens pour assurer l'éducation de leur enfants au-delà de trois ans. Le temps à consacrer à un enfant est celui d'une vie entière pour un adulte, la mère en l’occurrence, et bien peu de jeunes mamans de nos jours peuvent se permettre financièrement de ne se consacrer qu'à cette tâche. D'autre part, les parents ont petit à petit perdu l'expérience nécessaire à l'éducation d'un jeune enfant et enfin, les conditions de vie urbaines font que l'environnement est en général inadapté faute d'espace, et ce même à la "campagne" dans bien des cas.

Ensuite, l'influence des comportements sociaux, des déviations devrait-on dire, se fait sentir même dans le cas d'une éducation parentale complète, et ce de plus en plus fortement au fur à mesure que l'enfant prend contact avec le monde extérieur, par goût autant que par obligation. A partir de 3 ans, la crèche commence le rôle égalisateur de la société pour beaucoup et, à 6 ans, l'école obligatoire commence son laminage à deux faces. La vie de l'enfant passe de l'environnement familial à celui du groupe, avec ses comportements stéréotypés sous la totale influence du modèle social prévalent, et concurremment, l'enfant commence à être soumis à l'endoctrinement des préceptes dominants de la société.

La deuxième étape, sera la dernière car toute la vie qui suivra dépendra de cette "formation" originelle en deux phases, l'enfance et l'adolescence. Adolescent, le jeune homme commence à chercher quelle sera la place à laquelle il pourra atteindre dans la société qu'il comprend dans ses grandes lignes. De lui-même maintenant, il va se "former" afin de réaliser à moyen terme tel ou tel rêve individuel et social selon les paramètres qui lui ont été inculqués enfant. La petite enfance ne représente plus rien à partir de là sauf pour un ensemble de comportements qui avaient été mis en place par sa famille d'origine. L'adolescent est déjà potentiellement un maillon de la chaîne sociale des pieds à la tête, il ne lui manque que la signature au contrat.



 Là, j'écris à bord du Ferry Grèce-Italie et je n'ai remis les pieds dans le "monde" qu' aujourd'hui depuis trois mois. Quelle tristesse, quelle petitesse, quelle mesquinerie. Les hommes parlent fort, les femmes se comparent, personne ne se parle si ce n'est pour médire, pour mépriser, pour se moquer, pour renchérir avec force sur les lieux communs ambiants les plus vulgaires, que ce soient les chauffeurs de poids-lourds Albanais où les riches Italiens en SUV. Regards hautains, course à la "meilleure" place, meilleure parce que 'tout le monde' la veut, la place en vue, la place Number One, records d'orgueil, de domination, de servilité, d'obséquiosité, de comportements autistiques sans même que tous ces "hommes" puissent être excusés de présenter des troubles de l'entendement avérés ... Tous autistes sans le savoir, en réalité !!

Une des principale raison de ce délabrement est que, tous autant qu'ils sont, ils têtent la même mamelle, vivent entassés et boivent le même poison social. Mêmes informations pour continuer une même 'formation', sur laquelle je vais revenir pour terminer l'adolescence, même divertissements, même nourriture, mêmes logements, mêmes désirs, mêmes espoirs ... des boulons dans une machinerie à l'échelle planétaire, avec des variantes locales.

Or, si l'homme est conditionné par la société, il n'en est pas moins avide de se voir tel. En effet, l'homme a besoin de se savoir quelque chose et, faute de pouvoir se considérer pour ce qu'il devrait être, un homme 'supérieur' par nature, force lui est de se réfugier à être un homme social, quelle que soit l'infériorité en résultant, pourvu qu'il croit voir dans le miroir une supériorité relative. S'il est un masque dont il revêt sa physionomie avec une égale vanité et vivacité, c'est celui de la nullité arrogante et agressive.


Balzac, L'employé, pp 202-204

"À l’aspect de ces étranges physionomies, il est difficile de décider si ces mammifères à plumes se crétinisent à ce métier, ou s’ils ne font pas ce
métier parce qu’ils sont un peu crétins de naissance. Peut-être la part est-elle égale entre la Nature et le Gouvernement. « Les villageois, a dit un inconnu, subissent, sans s’en rendre compte, l’action des circonstances atmosphériques et des faits extérieurs. Identifiés en quelque sorte avec la nature au milieu de laquelle ils vivent, ils se pénètrent insensiblement des idées et des
sentiments qu’elle éveille et les reproduisent dans leurs actions et sur leur physionomie, selon leur organisation et leur caractère individuel. Moulés ainsi et façonnés de longue main sur les objets qui les entourent sans cesse, ils sont le livre le plus intéressant et le plus vrai pour quiconque se sent attiré vers cette partie de la physiologie, si peu connue et si féconde, qui explique les rapports de l’être moral avec les agents extérieurs de la Nature.

Or, la Nature, pour l’employé, c’est les Bureaux. (...) plusieurs médecins distingués redoutent l’influence de cette nature, à la fois sauvage et civilisée, sur l’être moral contenu dans ces affreux compartiments, nommés Bureaux, où le soleil pénètre peu, où la pensée est bornée en des occupations semblables à celle des chevaux qui tournent un manège, qui bâillent horriblement et meurent promptement (...)

Aussi faut-il avoir hanté les Bureaux pour reconnaître à quel point la vie rapetissée y ressemble à celle des collèges ; mais partout où les hommes vivent
collectivement, cette similitude est frappante : au Régiment, dans les Tribunaux, vous retrouvez le collège plus ou moins agrandi. Tous ces employés, réunis pendant leurs séances de huit heures dans les bureaux, y voyaient une espèce
de classe où il y avait des devoirs à faire, où les chefs remplaçaient les préfets d’études, où les gratifications étaient comme des prix de bonne conduite donnés à des protégés, où l’on se moquait les uns des autres, où l’on se haïssait et où il existait néanmoins une sorte de camaraderie, mais déjà plus froide que celle du régiment, qui elle-même est moins forte que celle des collèges. À mesure que l’homme s’avance dans la vie, l’égoïsme se développe et relâche les liens secondaires en affection.

Enfin, les Bureaux, n’est-ce pas le monde en petit, avec ses bizarreries, ses amitiés, ses haines, son envie et sa cupidité, son mouvement de marche quand même ! ses frivoles discours qui font tant de
plaies, et son espionnage incessant."


Cet intermède balzacien nous permet de reprendre le sujet à l'adolescence. Après avoir été conditionné pendant l'enfance à accepter une vie de groupe et à en tirer tant bien que mal la plus grande source de son existence, tant en rétribution morale qu'intellectuelle ou affective, l'enfant devenu 'sociable' apprend désormais à tirer parti de son existence communautariste.
Il est de fait que l'homme n'est pas fait pour vivre seul, mais, s'il doit avoir commerce avec ses semblables, ce n'est pas pour que ce commerce supplante sa vie individuelle et familiale.

Les grands rassemblements d'hommes ne devraient pas être la norme. Le prétexte que, sans cet état collectif, la civilisation n'avancerait pas est un leurre. Les plus grands progrès de l'humanité ne sont pas pour la plupart du à ces rassemblements mais bien à des découvertes individuelles et, si l'on prend comme justification la puissance de création de ces rassemblements, une cathédrale du Moyen Age par exemple, il faut bien constater que ces réalisations n'ont en rien amélioré la civilisation ambiante.

Si l'on prend comme autre exemple le développement d'une grande ville, que ce soit Babylone ou New York, de la même façon ces monstres de civilisation n'ont apporté que peu de grands progrès tant dans l'étendue que dans la durée. Si peu après la naissance de ces cités on a vu s'y développer des réalisations grandioses, leur extension et leur continuation n'ont entraîné que des crimes, des corruptions, des déboires collectifs et individuels à l'encontre de leur prétention au développement et à l'amélioration de la condition humaine dont elle étaient le prétexte.

La mise en commun d'un grand nombre d'existence n'engendre en réalité que de la soumission, de la haine, du désespoir, toutes choses négatives et propices uniquement à la mise en pratique d'une société tyrannisée. Le seul profit d'un état collectif de l'humanité est celui qu'en font les tyrans qui profitent de la dégradation des hommes pour les dominer, les diriger et les maintenir dans cette condition avec la facilité d'un maître d'école ou d'un sergent, sauf que ces hommes ne sont plus ni des enfants ni des soldats.

Si on peut éventuellement considérer que la réunion des hommes en troupeaux part d'une bonne intention, ce qui n'est généralement même pas le cas, leur maintien dans cet état transforme inéluctablement l'idée 'généreuse' en système asservissant. La médiocrité voulue et imposée devient alors la norme qui remplace celle de la réalisation de grandes choses en formant de grands hommes.



2016/09/05

Balzac ... & moi




J'ai mis dix ans à répondre à la question posée par Etienne de La Boétie il y a près de cinq cent ans, et même quarante si je considère que j'avais connu et retenu son texte depuis la classe de terminale, à savoir pourquoi les hommes se complaisent dans un état de 'servitude volontaire'. Certes, La Boétie donne des raisons à cet état maladif mais la cause profonde est restée selon moi inexpliquée.

Or, ce n'est que vers la fin juillet dernier que je pense avoir trouvé une réponse définitive. De là, quelle ne fut pas ma surprise il y a quelques jours de retrouver cet argument en lisant Balzac !

Balzac est un des génies de l'humanité. Plus qu'un écrivain, c'est un Penseur, un psychologue et un sociologue de haut niveau qui fait mieux comprendre l'humanité que dix volumes des soi-disant grands hommes de ces domaines.

Voila donc la simple phrase qui répond à la question de La Boétie, posée alors qu'il avait 33 ans, le même âge que Balzac quand il écrivit le roman dont la fin est reproduite ci-dessous ... Pour lors, je suis un peu en retard, comme dirait le Lapin d'Alice !!

Apprenez cette phrase par coeur, enseignez-là à vos enfants, c'est la "solution des solutions" !!!


Le curé de tours

"Nous vivons à une époque où le défaut des gouvernements est d’avoir moins fait la Société pour l’Homme, que l’Homme pour la Société. 

Il existe un combat perpétuel entre l’individu contre le système qui veut l’exploiter et qu’il tâche d’exploiter à son profit ; tandis que jadis l’homme réellement plus libre se montrait plus généreux pour la chose publique. Le cercle au milieu duquel s’agitent les hommes s’est insensiblement élargi : l’âme qui peut en embrasser la synthèse ne sera jamais qu’une magnifique exception ; car, habituellement, en morale comme en physique, le mouvement perd en intensité ce qu’il gagne en étendue. La Société ne doit pas se baser sur des exceptions.

D’abord, l’homme fut purement et simplement père, et son coeur battit chaudement, concentré dans le rayon de sa famille. Plus tard, il vécut pour un clan ou pour une petite république ; de là, les grands dévouements historiques de la Grèce ou de Rome. Puis, il fut l’homme d’une caste ou d’une religion pour les grandeurs de laquelle il se montra souvent sublime ; mais là, le champ de ses intérêts s’augmenta de toutes les régions intellectuelles.

Aujourd’hui, sa vie est attachée à celle d’une immense patrie ; bientôt, sa famille sera, dit-on, le monde entier. Ce cosmopolitisme moral, espoir de la Rome chrétienne, ne serait-il pas une sublime erreur ? Il est si naturel de croire à la réalisation d’une noble chimère, à la fraternité des hommes. Mais, hélas ! la machine humaine n’a pas de si divines proportions. Les âmes assez vastes pour épouser une sentimentalité réservée aux grands hommes ne seront jamais celles ni des simples citoyens, ni des pères de famille.

Certains physiologistes pensent que lorsque le cerveau s’agrandit ainsi, le coeur doit se resserrer. Erreur ! L’égoïsme apparent des hommes qui portent une science, une nation, ou des lois dans leur sein, n’est-il pas la plus noble des passions, et en quelque sorte, la maternité des masses : pour enfanter des peuples neufs ou pour produire des idées nouvelles, ne doivent-ils pas unir dans leurs puissantes têtes les mamelles de la femme à la force de Dieu ?

L’histoire des Innocent III, des Pierre-le-Grand, et de tous les meneurs de siècle ou de nation prouverait au besoin, dans un ordre très élevé, cette immense pensée que Troubert représentait au fond du cloître Saint-Gatien.

Saint-Firmin, avril 1832."




2016/08/19

Certes, je suis bien désolé d'être né homme !



On dit l'homme supérieur aux animaux ... c'est faux. Les animaux ont une âme, une sensibilité, un esprit tout comme nous. De plus, chacun selon son espèce, ils sont bien plus performant que nous, en résistance, en perception, en tendresse, en attention, en force, etc. Seulement, ils sont restés plus spécialisés que l'homme de par leur nature même.

Le seul avantage que possède l'homme, en dehors de son universalité de potentiels est dans la plupart des cas un immense inconvénient: il peut faire le mal. Cette possibilité ne devient une qualité, un avantage que s'il ne le fait pas, et ce n'est malheureusement le cas que pour un homme sur un million.


En général autant qu'en particulier, l'homme méprise son prochain. L'exemple du 'général' est parfaitement illustré par les logos animés de Google comme celui du dessus. Le particulier est encore plus facile à observer ... Marchez sur le trottoir et regarder les personnes que vous croisez, ça fait frémir. Regards hautains, quand on daigne croiser le votre, agressivité, et pour quoi ? Et plus le trottoir se trouve dans un endroit se considérant civilisé, plus l'impression est forte ...

Dédain, supériorité, quelle différence avec la considération qu'on obtient à la moindre rencontre d'un animal, excepté les chiens domestiques qui se sont fait des masques d'hommes ... Arrogance, vanité, superstition, l'homme est vraiment un bien pauvre animal.


Crime after crime ... Telle est l'histoire de l'humanité, et pire, la pente est ascendante, et pire encore, exponentielle ! Ce n'est pas ici l'endroit de dresser une liste mais pour la suite de l'exposé, je tiens à rappeler plusieurs atrocités, parmi tant, qui ont lieu en ce moment même où j'écris ces lignes.

L'Afrique, sur la frontière méridionale du Tchad et du Niger se trouve le lac Tchad, ou ce qu'il en reste, et la ville de N’Djamena, déja de si triste mémoire. Tout autour de ce lac sévit une famine atroce. Des bébés meurent de faim, desséchés de l'intérieur comme de l'extérieur sur les genoux de mères qui ressemblent à des squelettes. Le lac Tchad est juste à l'est de la route des clandestins qui remontent par le Niger en payant parfois 6/8000 euros pour avoir l'espoir d'arriver en Europe, paradis illusoire dont ils ont vu quelques images brillantes sur une télé de quartier au Burkina ou au Mali. La moitié meurent en route, un quart sont enrolés dans des milices locales en Libye ou ailleurs et le reste se noit sur des radeaux sauf une poignée qui finit derrière des barreaux en Italie. Pauvres coeurs, si ils savaient !

Le Moyen-Orient où sévissent des barbares dont les Huns auraient eu honte et que les Nazis renieraient, des diables à l'apparence humaine financés, entrainés, instruits et soutenus par l'Amérique, l'Angleterre et Israël principalement, directement ou"par négligence", deux exemples de véhicules seulement ... Ces diables commettent des crimes plus horribles que tous ceux qui ont vu le jour jusqu'à présent, et ce sont les Anglos-Saxons qui les y poussent, remember Abu Ghraïb ?

Dans le premier cas, l'Afrique, il suffit de voir cette carte des réserves aquifères pour comprendre que le Sahara pourrait être transformé en un grand potager si les puissances occidentales divertissaient un millième de leurs efforts à pomper du pétrole pour pomper de l'eau, et amenaient quelques machines pour faire fructifier le tout au lieu de construire des fusées et des bombes.


Le second cas rejoint le premier en ce sens que ce sont les personnes les plus puissantes du monde qui, au lieu de se servir de leur puissance pour aider les faibles, non seulement les ignorent mais aggravent leur détresse, consciemment, volontairement, diaboliquement.

Eh bien, ce monde sans pitié, sans coeur, sans âme est une malédiction planifiée, voulue et mise en place par des hommes qui, s'ils n'en n'ont plus la qualité en ont encore l'apparence. Eh bien ce monde ne peut permettre à personne de s'y trouver heureux, de s'y sentir chez soi, de se dire que si on ne peut aimer l'homme, on peut toujours aimer Dieu ... Non Mister Henry Makow, dans la situation présente, il n'y a plus d'amour possible, même pour Dieu et si vous êtes un brin anxieux, si vous avez décidé de vivre sans peur et sans reproche, laissez-moi vous dire que moi, j'ai peur. M'enfin, mieux vaut avoir peur des hommes que de Dieu, non ?

Et je n'ai pas tant peur des diables qui cultivent des dollars sanglants que des masses qui se soumettent à leurs programmes de lavage de cerveaux et qui, eux, cultivent leur bêtise comme les premiers arrosent l'oppression. Tous coupables, par action ou par omission.

Et, à l'instar de Yaakov en réponse à Pharaon, je dirai: 
"Il a été court et malheureux le temps de mes années de vie". (Gn 47.9



Le remède : être un imbécile heureux, mais ce n'est pas donné à tout le monde quoique la majorité s'en contente !!


ps: si vous vouliez avoir une idée sur la possibilité des conditions de réalisation d'une société juste et bien-faisante, lisez donc Le médecin de campagne d'Honoré Balzac, et particulièrement les pages 273 à 281.


nb: les quelques exemples de barbarie insérés en liens dans le texte sont une goutte d'eau dans l'océan de boue qui nous submerge, you know ?!

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