2017/06/14

L’œil de Dieu



Depuis des années, dès que le printemps arrive, j’saute dans mes ‘Birks’ pour ne plus les quitter qu’à l’approche de l’hiver.

Or, cette année, il me reste deux paires relativement usées que je ne compte pas changer mais, hier, après-midi, passant devant un magasin de chaussures affichant une enseigne Birkenstock, je me suis arrêté pour voir le prix et les nouveautés, ce qui ne m’était pas arrivé depuis l’an dernier.

Or, le soir en me promenant dans le chantier où se trouve à sec mon voilier, voilà t’il pas qu’une douleur me surprend au pied droit … Une tige de fer rouillée avait traversé ma ‘Birk’ et s’était enfoncé dans mon talon !!



Je fais ce qu’il faut pour soigner la plaie, assez minime d’ailleurs. Puis, étant donné ma situation, je viens à penser que ce ne serait pas le moment d’attraper le tétanos. Parano si vous voulez, mais angoisse bien réelle pour le coup.

La nuit se passe bien et je déjeune d’une pomme de terre cuite avec une barquette d’épinards hachés cuits à l’eau avec huile d’olive. Voilà pas que, dans les épinards, je trouve une petite tige de plastique vert de trois centimètres environ.



Enfin, une heure après, petite douleur au talon, et après un coup d’œil, petite rougeur autour, ce qui me décide à voir un médecin pour faire une injection préventive d’immunoglobuline …

Comme quoi, tout ce qui m’arrive pour le coup était connu d’avance, sans aucun doute. Ma ‘Birk’ traversée et l’aiguille du vaccin. Impossible de douter, de nier l’évidence, non ?

Alors, quand je lis que Google est fier de décrypter nos actions, quand je vois quelle importance est donnée par les dirigeants à la surveillance des individus, laissez-moi rire de leurs enfantillages !!


D’ailleurs, cet hiver en Grèce, j’ai été par deux fois l’instrument de Dieu, une fois pour bénir et une fois pour punir. Je vous raconterai ça peut-être un de ces quatre …

M'enfin, les amis, ne croyez pas que rien ne se fait sans que Dieu le sache à l'avance ainsi que je l'ai déja expliqué ...

Jah Bless - Baruch Hachem




2017/06/12

Avanti ! Kadima ! En Marche !



Thierry Meyssan



Dés sa victoire annoncée, le président démocratiquement élu Emmanuel Macron instaure une distance entre lui et le peuple. Refusant tout bain de foule, il traverse longuement, seul, la cour du Louvre où ses supporters se sont rassemblés.

L’équipe du président français élu, Emmanuel Macron, est parvenue à placer les Français sous hypnose. Elle a fait élire son poulain avec deux-tiers des suffrages exprimés ; un jeune homme de 39 ans seulement, dont le parti a été créé sur Internet, il y a tout juste un an, et qui ne s’était jusque là jamais présenté à la moindre élection.

Ce tour de force a été réalisé par l’équipe de Steele & Holt, une mystérieuse société, dont le nom fait référence au feuilleton télévisé Remington Steele, une histoire policière où la directrice d’une agence de détectives demande à un voleur (Pierce Brosnan) de jouer le rôle de son patron pour lui servir de couverture

Ne cherchez pas qui se cache derrière ce cabinet. Vous ne trouverez rien. Sinon que ses deux principaux clients sont AXA et la famille Rothschild. Qu’Emmanuel Macron ait travaillé pour les Rothschild, tout le monde le sait, qu’ils aient organisé son parti, c’est un secret bien gardé. Quant à l’assureur AXA, il est présidé par Henri de La Croix cinquième duc de Castries, par ailleurs président du think tank de l’Otan (le groupe de Bilderberg), de l’Institut du Bosphore (le think tank de la Turquie) et, en France, de l’Institut Montaigne (un think tank de droite).

Henry Kissinger avait d’ailleurs invité Macron à la réunion annuelle du Bilderberg, en 2014, aux côtés de François Baroin et de Christine Lagarde.

L’Institut du Bosphore a permis d’identifier et de corrompre diverses personnalités de droite et de gauche qui ont apporté leur soutien à Macron.

C’est dans les locaux de l’Institut Montaigne que se sont tenues les premières réunions du nouveau parti, dont le siège social a été déclaré à l’adresse personnelle du directeur de l’Institut.

Kadima !


Le nom du nouveau parti, En Marche !, a été choisi pour avoir les mêmes initiales que son candidat. Sinon, il se serait appelé En Avant !. En hébreu : Kadima !. Lorsqu’on avait fait remarquer au vieux général Ariel Sharon que le nom de son nouveau parti évoquait le journal de Mussolini (Avanti !), il répliqua que pas du tout. En Avant ! était l’ordre qu’il donna lors de chacune de ses équipées solitaires, par exemple lorsqu’il envahit Beyrouth contre l’avis de son état-major militaire.

Kadima ! et En Marche ! sont des partis centristes rassemblant des personnalités de droite et de gauche —c’est bien connu, Ariel Sharon était un « centriste »—. Il avait créé son parti pour rompre avec Benjamin Netanyahu : Sharon était un colonialiste qui souhaitait créer un État palestinien sur le modèle des Bantoustans sud-africains. L’apartheid était, selon lui, le seul moyen de préserver Israël. Au contraire, Netanyahu est un talmudiste. Il se refuse à admettre l’idée de partager la Palestine avec des goyim. Pour lui, il faut les expulser à défaut de pouvoir les exterminer.

On apprendra sûrement par la suite pourquoi Macron voulait rompre avec le Premier ministre socialiste, Manuel Valls. Il suffit d’observer pour le moment l’insistance avec laquelle celui-ci tente de rejoindre En Marche ! et la désinvolture avec laquelle Macron le repousse pour observer qu’il existe un grave conflit entre eux.


Le fascisme en marche

Pour lancer Macron, Steele & Holt —c’est-à-dire l’Otan et les Rothschild— s’est appuyé sur les anciens réseaux pro-US de la Fondation Saint-Simon. Ensemble, ils ont mis en scène le « péril Le Pen », de sorte que beaucoup d’électeurs intimement opposés à Macron ont cependant voté pour lui de peur d’une possible victoire de la « bête immonde ». N’ayant pas grand-chose à reprocher à Marine Le Pen, ils l’ont accusée des crimes de son père et de bien d’autres encore.

Cette manipulation atteste que, dans la « société du spectacle », la forme est plus importante que le fond. Quelles sont en effet les caractéristiques du fascisme ? La fin de la lutte des classes grâce au corporatisme qui réunit patrons et ouvriers dans les mêmes organisations, la fin de la dialectique droite-gauche grâce à un parti unique, et par voie de conséquence, la fin de toute opposition par l’usage de la force.

Alors que la première de ces trois caractéristiques aurait pu être appliquée à la vision de Jean-Marie Le Pen, aucune ne peut l’être à celle de sa fille, tandis que les deux premières peuvent l’être à celle d’Emmanuel Macron. Il est soutenu par tous les grands patrons du CAC40 aussi bien que par la CGT. Il ne remet pas en question la capacité des partis de droite et de gauche à défendre les valeurs dont ils se réclament, mais appelle les leaders de ces partis à le rejoindre dans le sien pour défendre leurs intérêts communs. À n’en pas douter, si les élections législatives se passent comme Macron l’espère, la destruction de l’opposition débutera. Au demeurant, l’unanimisme de la presse écrite aux côtés du candidat Macron et la campagne contre les sites internet contestataires donnent un avant goût de ce qui se prépare.

L’Histoire se répète : en 1940, les Français soutinrent Philippe Pétain pour se préserver du nazisme, mais c’est Pétain qui installa le fascisme. En 2017, ils ont voté Macron pour se protéger du fascisme et c’est lui qui l’instaurera.


Une campagne parasitée

Il est vrai que certains électeurs ont été perturbés à la fois par la personnalité inhabituelle des candidats et par l’usage par un camp de méthodes de propagande jamais utilisées en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

À l’âge de 15 ans, Emmanuel Macron a eu une relation sexuelle avec son professeur de théâtre de 23 ans son aînée, il n’a pas tardé à vivre avec elle, et l’a épousée 15 ans plus tard. Marine Le Pen a hérité de son père de la présidence de son parti qu’elle a d’abord nettoyé, puis dont elle l’a exclu. En termes psychanalytiques, le premier a donc épousé sa mère, tandis que la seconde a tué son père.

Surtout, l’équipe d’Emmanuel Macron n’a pas hésité à accuser ses rivaux des pires trahisons, sans aucune logique, sûre que les quotidiens régionaux et nationaux —qu’elle contrôle déjà dans leur totalité— n’oseraient pas émettre la moindre critique. Le candidat de la droite, François Fillon passe désormais pour un voleur alors même qu’aucune des accusations portées contre lui n’est vérifiée. Marine Le Pen est considérée comme l’incarnation du fascisme, alors qu’elle n’a jamais tenu les positions qui lui sont imputées.


Une victoire solitaire

Dès son élection annoncée, le président Macron a prononcé une brève allocution depuis son QG de campagne. Des banalités prononcées avec l’air grave de l’homme qui sent soudain le poids des responsabilités peser sur ses frêles épaules. Puis, il s’est offert un nouveau moment de théâtre avec ses partisans dans la cour du Louvre. Il a traversé Paris dans un cortège aux vitres fumées. Il a longuement traversé, seul, inaccessible, la cour du Louvre pour monter sur le podium dressé en son honneur. Là, aux pieds de la pyramide, tel Bonaparte, il a prononcé un nouveau discours, également fait de banalités, mais sur un ton enflammé, lui qui n’a jamais combattu par les armes. Enfin, il s’est entouré de sa famille et de quelques militants pour chanter La Marseillaise.

Contrairement à tous ses prédécesseurs, jamais durant cette soirée il n’a serré de mains. Jamais personne n’a été autorisé à l’approcher. Il n’a laissé aucune des personnalités politiques qui l’ont soutenu apparaître avec lui et partager sa victoire. Elles ne pourront toucher le prix de la trahison de leurs partis respectifs qu’en les trahissant à nouveau et en le soutenant lors des législatives de juin.

Ce n’est que lorsque le président Macron tiendra tous les rênes du pouvoir qu’il laissera les Français se réveiller. Il sera trop tard.

En avant, marche !


<<< Heil >>>



Nous assistons à un renversement historique en France où le spectre politique ancien vole en éclats et où une nouvelle fracture apparaît. Compte-tenu de l’intense propagande médiatique qui s’est abattue dans le pays, les Français ne perçoivent plus les repères essentiels et s’attachent à des lignes rouges qui n’existent plus. Pourtant, les faits sont clairs et certaines évolutions prévisibles.

A l’issue d’une campagne électorale très agitée, les Français ont sélectionné Emmanuel Macron (soutenu par les centre-villes) et Marine Le Pen (soutenue par les banlieues et les campagnes) pour le second tour de l’élection présidentielle.

D’ores et déjà presque tous les candidats vaincus, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon —et ce n’est pas un hasard—, ont appelé à soutenir Macron qui devrait donc être facilement élu.

Les deux grands partis historiques qui ont gouverné la France depuis les débuts de la V° République, Les Républicains (ex-Gaullistes) et le Parti socialiste (ex-Jaurésiens) sont battus. Tandis qu’un nouveau venu, En Marche ! (surtout présent à l’Ouest d’une ligne Le Havre-Marseille), arrive sur la première place du podium face au Front national (implanté à l’Est de cette ligne).


Y a-t-il un candidat du fascisme ?

Dans l’Histoire de la France, ce n’est pas la première fois que ce clivage s’impose : d’un côté, un partisan de l’alliance avec ce qui paraît être la plus grande puissance du moment (les États-Unis), de l’autre, un mouvement en quête d’indépendance nationale ; d’un côté, la totalité de la classe dirigeante, sans exception notable, de l’autre, un parti fait de bric et de broc, composé massivement de prolétaires, dont les deux-tiers proviennent de la droite et un tiers de la gauche.

À l’évidence, le futur président français sera donc M. Macron ; un homme, issu de la Banque Rothschild & Cie, soutenu dès à présent par la totalité des chefs d’entreprises du CAC40.

Or, n’en déplaise à nos préjugés, l’unanimité des puissances d’argent est la caractéristique fondamentale des partis fascistes.

Cette unanimité du Grand capital s’accompagne toujours d’une unité de la Nation qui gomme les différences. Pour être égaux, il faut devenir identique. C’est ce que le président Hollande avait amorcé avec la loi du « Mariage pour tous », en 2012-13. Présentée comme établissant l’égalité entre les citoyens quelle que soit leur orientation sexuelle, elle posait de facto que les besoins des couples avec enfants sont les mêmes que ceux des couples gays. Il existait pourtant bien d’autres solutions plus intelligentes. L’opposition à cette loi suscita de très importantes manifestations, mais malheureusement sans porter aucune autre proposition et parfois mêlée à des slogans homophobes.

Identiquement, l’attentat contre Charlie-Hebdo fut célébré au son de « Je suis Charlie ! », et des citoyens osant affirmer « ne pas être Charlie » furent poursuivis en Justice.

Il est désolant que les Français ne réagissent ni devant l’unanimité du Grand Capital, ni face aux injonctions de recourir aux mêmes dispositifs juridiques et de professer les mêmes slogans. Au contraire, ils persistent à considérer comme « fasciste » le Front national actuel sans autre argument que son lointain passé.


Peut-on résister au candidat du fascisme ?

Les Français pensent majoritairement qu’Emmanuel Macron sera un président à la Sarkozy et à la Hollande, un homme qui poursuivra leur politique. Ils s’attendent donc à voir leur pays décliner encore et encore. Ils acceptent cette malédiction croyant ainsi évacuer la menace de l’extrême droite.

Beaucoup se souviennent qu’à sa création le Front national rassemblait d’une part les perdants de la Seconde Guerre mondiale et, d’autre part, ceux de la politique socialiste de colonisation de l’Algérie. Ils se focalisent sur les figures de quelques Collaborateurs avec l’Occupant nazi sans voir que le Front national d’aujourd’hui n’a absolument rien en commun avec ces gens-là. Ils persistent à tenir pour responsable du drame algérien le sous-lieutenant Jean-Marie Le Pen (le père de Marine) et à exonérer de leurs responsabilités les dirigeants socialistes de l’époque, particulièrement leur terrible ministre de l’Intérieur, François Mitterrand.

Nul ne se souvient qu’en 1940, c’est un ministre alors fasciste, le général Charles De Gaulle, qui refusa l’armistice de la honte avec l’Allemagne nazie. Cet homme, dauphin officiel du maréchal Philippe Pétain (qui était le parrain de sa fille), se lança seul dans la Résistance. Luttant contre son éducation et ses préjugés, il rassembla lentement autour de lui, contre son ancien mentor, des Français de tous horizons pour défendre la République. Il s’adjoint une personnalité de gauche, Jean Moulin, qui, quelques années auparavant, avait secrètement détourné de l’argent du ministère de la Marine et trafiqué des armes pour soutenir les Républicains espagnols contre les fascistes.

Nul ne se souvient qu’un collègue de De Gaulle, Robert Schuman, apposa sa signature à l’armistice de la honte, puis, quelques années plus tard, fonda la Communauté économique européenne (actuelle Union européenne) ; une organisation supra-nationale imaginée sur le modèle nazi du « Nouvel Ordre européen », contre l’Union soviétique et aujourd’hui contre la Russie.


Le modèle Obama-Clinton

Emmanuel Macron a reçu l’appui de l’ancien président états-unien Barack Obama. Il a réuni une équipe de politique étrangère composée des principaux diplomates néo-conservateurs et ne fait pas mystère de soutenir la politique extérieure des Démocrates US.

Barack Obama, s’il a présenté sa politique extérieure avec une rhétorique diamétralement opposée à celle de son prédécesseur, le Républicain George W. Bush, a dans la pratique marché en tous points dans ses pas. Les deux hommes ont successivement conduit le même plan de destruction des sociétés du Moyen-Orient élargi qui a déjà fait plus de 3 millions de morts. Emmanuel Macron soutient cette politique bien que l’on ne sache pas encore s’il entend la justifier par la « démocratisation » ou par la « révolution spontanée ».

Si lors de l’élection US, Hillary Clinton a été battue, Emmanuel Macron devrait être élu en France.

Rien ne prouve que Marine Le Pen sera capable de jouer le rôle de Charles De Gaulle, mais trois choses sont prévisibles :

- De même qu’en 1940, les Britanniques, ravalant leur dégoût, accueillirent De Gaulle à Londres, aujourd’hui les Russes soutiendront Le Pen.

- De même qu’en 1939, rares furent les communistes qui bravant les consignes de leur parti rejoignirent la Résistance, rares sont aujourd’hui les partisans de Jean-Luc Mélenchon qui franchiront le pas. Mais à partir de l’attaque nazie de l’URSS, c’est tout le Parti communiste qui soutint De Gaulle et forma la majorité de la Résistance. Il n’y a pas de doute que, dans les prochaines années, Mélenchon se battra aux côtés de Le Pen.

- Emmanuel Macron ne comprendra jamais les hommes qui résistent à la domination de leur patrie. Il ne comprendra donc pas les peuples du « Moyen-Orient élargi » qui luttent pour leur indépendance réelle autour du Hezbollah, de la République arabe syrienne et de la République islamique d’Iran.



(NE : Bien que je sois loin de partager beaucoup de conceptions de l'auteur de ces deux articles, 
          sa vision politique est extrèmement claire et juste, à mon sens.)


voir aussi:

https://francais.rt.com/france/39543-emmanuel-macron-menace-d-president-absolu





http://www.pravdareport.com/world/europe/30-05-2017/137871-putin_macron-0/

"Angela Merkel stated that Europe should relieve itself from dependence on America and take its own destiny in its own hands. Against this background, the move to invite Putin to Paris looks like Europe's first step towards the normalisation of relations with Moscow."



(NB : Eh ! On disait quoi ici-même il y a peu de temps ? 
Ah, oui, "l'ancien NWO" se réveille ! )


>>> Et d'ailleurs, s'il fallait la moindre preuve, le "nouveau NWO" s'en inquiète ...

"New European Order: Angela Merkel pledges to shape EU future in GERMANY'S image":

http://www.express.co.uk/news/world/804182/Angela-Merkel-European-project-Macron



"Intriguingly, Mr Macron's comments came just hours after Wolfgang Schäuble, the powerful German finance minister, sent out an identical message – saying the UK would find “open doors” in Brussels if it decided not to leave the EU."





>>> C'est peut-être bien le moment de rappeler le travail du Dr Rath, "The nazi roots of the EU" !!

Voir aussi les excellentes recherches de Henri Makow sur le Nazisme comme:








2017/06/07

Napoleon Bonaparte, Empereur




Plus tard, l'Empereur, parlant des moeurs de Paris 

et de l'ensemble de son immense population, 

énumérait toutes les abominations inévitables, disait-il, 

d'une grande capitale, où la perversité naturelle 

et la somme de tous les vices se trouvaient aiguillonnées à chaque instant 

par le besoin,  la passion, l'esprit et toutes les facilités du mélange et de la confusion ; 

et il répétait souvent que 

toutes les capitales étaient autant de Babylones.








Extraits des Mémoires rédigées par son Valet de Chambre


"55

Les royalistes, tout-à-fait oubliés depuis la pacification de la Vendée, reparaissaient sur l'horizon politique; c'était un accroissement de mon autorité ; je refaisais la royauté. C'était chasser sur leurs terres. Ils ne se doutaient pas que ma monarchie n'avait point de rapport à la leur. La mienne était toute dans les faits. La leur toute dans les droits. La leur n'était fondée que sur des habitudes, la mienne s'en passait, elle marchait en ligne avec le génie du siècle ; la leur tirait à la corde pour s'y retenir.


53
Mon autorité ne reposait pas, comme dans les vieilles monarchies, sur un échafaudage de castes et de corps intermédiaires, elle était immédiate et n'avait d'appui que dans elle-même, car il n'y avait dans l'empire que la nation et moi. Mais dans cette nation, tous étaient également appelés aux fonctions publiques; le point de départ n'était un obstacle pour personne, le mouvement ascendant était universel dans l'état : ce mouvement a fait ma force.

Je n'ai pas inventé ce système, il est sorti des ruines de la Bastille ; il n'est que le résultat de la civilisation et des mœurs que le temps a donné à l'Europe. On essayera en vain de le détruire; il se maintiendra par la force des choses, parce que le droit finit toujours par se placer là où est la force. Or, la force n'était plus dans la noblesse depuis qu'elle avait promis au tiers-état de porter les armes et n'avait plus voulu être la seule milice de l'état.


59
La force n'était plus dans le clergé, depuis que le monde était devenu protestant en devenant raisonneur. La force n'était plus dans le gouvernement précisément, parce que la noblesse et le clergé n'étaient plus en état de remplir leurs fonctions, c'est-à-dire d'appuyer le trône. La force n'était plus dans la routine et les préjugés; depuis qu'on avait démontré au peuple qu'il n'y avait ni routine ni préjugés. Il n'y avait dissolution dans le corps social, longtemps avant la révolution, que parce qu'il n'y avait plus de rapport entre les mots et les choses. La chute des préjugés avait mis à nu la source des pouvoirs, on avait découvert leur faiblesse; ils sont tombés en effet à la première attaque.

Il fallait donc refaire l'autorité sur un autre plan, il fallait qu'elle se passât du cortège des habitudes et des préjugés; il fallait qu'elle se passât de cet aveuglement qu'on appelle la foi. Elle n'avait hérité d'aucuns droits ; il fallait donc qu'elle fût en entier dans le fait, c'est-à-dire dans la force.


La guerre avait recommencé avec l'Angleterre, parce qu'il ne lui est plus possible de rester longtemps en paix. Le territoire de l'Angleterre est devenu trop petit pour sa population ; il lui faut pour vivre le monopole des quatre parties du monde ; la guerre procure seule ce monopole aux Anglais, parce qu'elle lui vaut le droit de détruire sur mer. C'est sa sauvegarde.

Il n'y avait dans l'empire que la nation et moi L'Angleterre était fatiguée par le séjour de mes troupes sur les côtes; elle voulait s'en débarrasser à tout prix et chercha, la bourse à la main, des alliés sur le continent, elle devait en trouver. Les anciennes dynasties étaient effrayées de me voir sur le trône. Quelques politesses que nous nous fissions, elles voyaient bien que je n'étais pas un des leurs; car je ne régnais qu'en vertu d'un système qui détruisait l'autel que le temps leur avait élevé. J'étais à moi seul une révolution. L'empire les menaçait comme la république; elles le redoutaient davantage, parce qu’il était plus robuste.


Il n'y a pas d'autres liens entre les peuples que ceux des intérêts qu'ils mettent en commun.


Il fallait créer mon siècle pour moi, comme je l'avais été pour lui.


85
Le principe vital de la résistance était en Angleterre; je n'avais aucun moyen de l'attaquer corps à corps, et j'étais sûr que la guerre se renouvellerait sur le continent, tant que le ministère anglais aurait de quoi en payer les frais. La chose pouvait durer longtemps, parce que les bénéfices de la guerre alimentaient la guerre.
C'était un cercle vicieux, dont le résultat était la ruine du continent. Il fallait donc trouver un moyen de détruire les bénéfices que la guerre maritime valait à l'Angleterre, afin de ruiner le crédit du ministère. On me proposa, dans ce but, le système continental. Il me parut bon, et je l'acceptai. Peu de gens ont compris ce système. On s'est obstiné à n'y voir d'autre but que celui de renchérir le café. Il devait avoir de toutes autres conséquences. Il devait ruiner le commerce anglais.

103
La cour de Vienne a une politique tenace, que les évènements ne dérangent jamais. J'ai été longtemps avant d'en deviner la cause. Je me suis aperçu enfin, mais trop tard, que cet état n'avait de si profondes racines que parce que la bonhomie du gouvernement l'a laissé dégénérer en oligarchie. L'état n'est plus mené que par une centaine de nobles. Ils possèdent le territoire et se sont emparés des finances, de la politique et de la guerre. Au moyen de quoi ils sont maîtres de tout et n'ont laissé à la cour que la signature. Or, les oligarchies ne changent jamais d'opinions, parce que leurs intérêts sont toujours les mêmes. Elles font mal tout ce qu'elles font, mais elles le font toujours parce qu'elles ne meurent jamais. Elles n'obtiennent jamais de succès, mais elles supportent admirablement les revers, parce qu’elles les supportent en société. L'Autriche a dû quatre fois son salut à cette forme de gouvernement;

116
Pour être entière, il ne faut pas qu'une autorité ait des époques marquées d'avance.


Les opinions avaient marché en Espagne dans un sens inverse du reste de l'Europe. Le peuple, qui s'était élevé partout à la hauteur de la révolution, y était resté fort au-dessous ; les lumières n'avaient pas percé jusqu'à la seconde couche de la nation; elles s'étaient arrêtées à la surface, c'est-à-dire sur les hautes classes. Celles-ci sentaient l'abaissement de leur patrie, et rougissaient d'obéir à un gouvernement qui perdait leur pays. On les appelait les libéraux.
En sorte que les révolutionnaires étaient en Espagne ceux qui avaient à perdre à la révolution; et ceux qui devaient y gagner ne voulaient pas en entendre parler. Le même contre-sens a eu lieu également à Naples.
II m'a fait faire beaucoup de fautes, parce que je n'en ai pas eu la clef d'entrée.


L'homme découragé reste indécis, parce qu'il ne voit devant lui que de mauvais partis, et ce qu'il y a de pire dans les affaires, c'est l'indécision.


Jamais entreprise plus téméraire en apparence, ne causa moins de peine à exécuter; c'est qu'elle était conforme aux maux de la nation, et que tout devient facile quand on sent l'opinion.


L’on peut s'arrêter quand on monte, jamais quand on descend."





MAIS, si Bonaparte eut de grandes idées, il n'a pas tout prévu, 
et le résultat pratique de ses grandes et bonnes idées fut de donner le pouvoir 
à la bourgeoisie, càd à l'argent:


Réponse de Nicolas (L'étang de Précigny par Elie Berthet):

"— Ainsi donc, s'écria enfin Mathurin, en levant les yeux au ciel d'un air de reproche, tout nous abandonne! Le pauvre, aujourd'hui, ne trouve nulle part ni protection ni appui... Est-ce donc pour cela qu'on a versé tant de sang et qu'un a fait des révolutions ?

— Personne ne s'inquiète de nous maintenant que nous avons des droits écrits sur le papier, dit Nicolas avec amertume ; autrefois, sous l'ancien régime, quand nous avions des maîtres et des seigneurs, nous étions plus heureux...  Oui, mes amis, continua-t-il en s'animant, si autrefois une population entière de pauvres paysans avait été menacée de destruction comme nous le sommes, des hommes puissants, dans leur propre intérêt, eussent pris en main notre cause, ils nous eussent fait rendre justice...  Mais au temps où nous vivons, chacun pour soi et Dieu pour les riches ... Si nous ne pouvons nous sauver nous-mêmes, on nous laissera périr.

Quelques gémissements répondirent aux regrets impuissants du vieillard. Mathurin seul crut devoir protester contre ses paroles.

— Vous êtes de l'ancien régime, père Nicolas, reprit-il; vous vous souvenez d'avoir été jardinier au château de Précigny, et vous êtes trop disposé à mal juger du temps où nous vivons...Pourquoi ne trouverions-nous plus d'honnêtes gens pour nous plaindre et nous protéger ?

— C'est que, mon pauvre Mathurin, les honnêtes gens, aujourd'hui, aiment le calme et le silence; ils ne se soucient pas d'affronter les inimitiés redoutables pour un intérêt qui n'est pas le leur..."



Le plus grand héritage de Napoléon, ce sont ses lois,
il le dit lui-même.

Mais, si Napoléon croyait dans ses lois, 
c'est qu'il croyait aux hommes.

Or, tant qu'il était là pour veiller à ce que ses lois, juste en elles-mêmes,
profitent à tous, 
son tort a été de ne pas voir que,
quand il ne serait plus là,
ses lois ne profiteraient plus qu'à certains ...



"Monsieur Laurent, le maître de cette usine devenue si fatale aux habitants de Précigny, n'était pas précisément, malgré la haine de ses voisins, un méchant ou un malhonnête homme.

C'était un de ces spéculateurs, assez communs à notre époque d'industrialisme, qui prennent volontiers le bien-être matériel de la société pour son intérêt suprême, et qui, de la meilleure foi du monde, croient rendre service à l'État en faisant leur fortune. Auprès de pareilles gens, le désir d'acquérir se substitue tout naturellement aux sentiments de générosité, de grandeur, de fraternité humaine; le génie des affaires éteint le cœur; une sèche et impitoyable raison étouffe les idées morales, que l'on s'habitue à regarder comme de vaines futilités."




Napoléon fut l'un des premiers à parler de l'Europe, et non seulement à en parler mais à en poser les fondements. Mais, alors que ce visionnaire avait rêvé une Europe des peuples, l'histoire a enfanté une Europe des intérêts, et pas des meilleurs ...









2017/06/05

L'amour ... un rituel





L’être est individuel.

L’être individuel cependant ne peut exister seul et n’existe de fait que parce qu’il n’est pas seul.

L’être doit coexister avec la multitude des autres êtres.

L’être individuel n’existe que parce qu’il fait partie d’un ensemble illimité d’autres êtres qui, comme lui, n’existent que parce qu’ils font partie du monde vivant, parce qu’ils reçoivent l’impulsion de la vie dont l’essence est identique pour toute créature vivante.

Cette impulsion est double. Une idée et une parole, une pensée et un souffle, une respiration faisant germer l’esprit, une expression de l’indicible. Le petit d’homme en naissant pousse un cri et c’est ce cri qui l’éveille à lui-même.

Il est de par le monde un concept social universel et passablement inconscient, c’est celui qui veut qu’un homme en société doit ‘paraître’, doit montrer qui il est, doit avoir une attitude, quelle qu’elle soit pourvu que son individu ‘présente’, comme disent les Antillais … ‘Show yourself’ !!

Seulement, le rôle de l’homme, celui de toute vie d’ailleurs, est tout autre. La vie, la vraie ne montre que ce qu’elle est. Son apparence est en tout point conforme à sa nature. L’apparence découle de sa nature. La vie ne joue pas. Chaque être vivant, hors l’homme, exprime qui il est car là est son rôle. Il ne s’agit pas de montrer, de se montrer mais d’exprimer, de franchir les  limitations de l’apparence afin d’atteindre ce qui ne saurait être que par cette apparence. L’expression transcende l’apparence.

Vouloir l’apparence avant tout, plutôt que rien, enfin, plutôt que l’apparence inhérente à sa nature, créer une apparence factice, artificielle, voulue pour elle-même est indigne de la vie, indigne de cette créature au sommet de l’art vivant, l’Homo Sapiens-Sapiens. Se réclamer d’une image de soi, montrer une autre apparence que la sienne propre, créer un reflet au lieu d’arborer l’authentique … Quelle dérision, quelle ignorance, quelle réduction !!!

Chaque existence, chaque matérialisation de la vie est incomparablement plus que sa seule apparence. En soi, chaque créature vivante exprime le mystère de la vie, chaque être recèle au-delà de sa forme une étincelle de l’infini, chaque vie est l’expression de l’ineffable.


La vie ne se regarde pas … elle vit ! La vie ne se compare pas, elle se complète. La vie est un rituel auquel toutes les formes de vie doivent participer. Celles qui s’en éloignent disparaissent. 

L’amour aussi, d’ailleurs, est un rituel, l'union suprême des contraires qui donne naissance à la vie.

5 juin 2017

























2017/05/28

One More Chance !












LE REVE

Le but de l'homme ...

dépasser ses limites. :)

Envers et contre tout.

écoutez Jacques Brel ... 'Ces gens là'


L'homme aspire à plus,

et ce plus n'est que la seule réalité qui le concerne.

Dans cette optique, tous les moyens lui sont bons ...

les bons et les mauvais,

DONNER ou TUER

AIMER ou DETRUIRE

La motivation est la même,

seulement,

certains marchent et d'autres reculent,


Qui sait entrer ne sait pas sortir,

Qui sait haïr ne sait pas aimer,

Pauvre Martin !!



Passez à Gauche ...






2017/05/07

Méchant comme un homme ?





Qui l'a aimée ? 
Cette belle jeune fille du 21° siècle.

Qui lui a souri ?
A elle, qui fut sans être.

Non, je n'aime pas mettre de telles images.
Mais, cela est, aujourd'hui.

Comme ça a toujours été, depuis qu'il y a des hommes.
Hommes superbes et vains, simulacres empoisonnés.

Ce qui a manqué à cette belle jeune fille, un foyer, des soins attentionnés, de la tendresse, de l'amour,
 des millions d'animaux domestiques en sont pourvus, que dis-je, en sont rassasiés, inondés, 
cherchez l'erreur. 

Cela est, maintenant.
Et demain ? 

Homme, jusqu'à quand ?
Dis-moi, dites -moi, s'il vous plait !



"NUL N'A DROIT AU SUPERFLU... TANT QUE CHACUN N'A PAS LE NÉCESSAIRE" 
affirme Eugène Sue, 
mais, pour pouvoir se contenter du nécessaire, encore faut-il pouvoir vivre ...







http://pascalmaitre.fr/index.php


2017/04/30

"Les mystères du peuple"



C'est le titre d'un livre d'Eugène Sue, peu lu. Si son autre livre, les mystères de Paris est parvenu à la postérité, celui-ci bien qu'à peu près inconnu est un monument de littérature. Plus de 3000 pages couvrant l'histoire de la Gaule des Celtes au 19° siècle, c'est un récit historique renfermant de nombreux romans, plusieurs pour chaque époque mais avec un lien commun: la transmission des faits d'une famille rebelle à l'autorité, la famille Le Brenn.

Pour ceux qui cherchent à réapprendre l'histoire de France, et du monde en filigrane, ce livre est un trésor sans pareille. Il cite les principales étapes de la lutte du peuple contre les autorités séculaires et spirituelles qui ont asservi les populations sous différentes couleurs dont les principales sont la royauté Franque, la noblesse, l'eglise Catholique et les Jésuites. L'histoire détaillée de leurs crimes innombrables autant qu'innomables laisse bien souvent sans voix ...


EXTRAITS




« Aujourd'hui la vieille Gaule se couvre de communes libres, de même qu'il y a trois cents ans
Elle se couvrait de châteaux féodaux ; les communes sont nos forteresses, à nous !
La maison communale, c'est l'héroïque et saint-berceau de l'affranchissement de la Gaule. »


CHARTE DE LÀ COMMUNE DE LAON [An 1100]

I
Tous les hommes domiciliés dans l'enceinte du mur de la ville et dans les faubourgs, de quelque seigneur que relève le terrain où ils habitent, prêteront serment à cette Commune.

II
Dans toute l'étendue de la ville chacun prêtera secours aux autres, loyalement et selon son pouvoir.

III
Les hommes de cette Commune demeureront entièrement libres de leurs biens : ni le roi, ni l'évêque, ni aucuns autres ne pourront réclamer d'eux quoi que ce soit, si ce n'est par jugement des échevins.

IV
Chacun gardera en toute occasion fidélité envers ceux qui auront juré la Commune et leur prêtera aide et conseil.

V
Dans les limites de la Commune, tous les hommes s'entr'aideront mutuellement, selon leur pouvoir, et ne souffriront en aucune manière que, qui que ce soit, le seigneur évêque ou autre, enlève quelque chose ou fasse payer des tailles à l'un d'eux.

VI
Treize ÉCHEVINS seront élus par la Commune; l'un de ces échevins, d'après le vote de tous ceux qui auront juré la Commune, sera élu MAIRE.

VII
Le maire et les échevins jureront de ne favoriser personne pour cause d'inimitié, et de donner en toutes choses, selon leur pouvoir, une décision équitable; tous les autres jureront d'obéir et de prêter main-forte aux décisions du maire et des échevins.
Quand la cloche du beffroi sonnera pour assembler la Commune, si quelqu'un ne se rend pas à l'assemblée, il payera douze sous d'amende.

VIII
Quiconque aura forfait envers un homme qui aura juré cette Commune-ci, le maire et les échevins, si plainte leur est faite feront justice du corps et des biens du coupable. Si le coupable se réfugie dans quelque château-fort, le maire et les échevins de la Commune parleront sur cela au seigneur du château ou à celui qui sera en son lieu; et si, à leur avis, satisfaction leur est faite de l'ennemi de la Commune, ce sera assez; mais si le seigneur refuse satisfaction, ils se feront justice eux- mêmes sur ses biens et sur ses hommes.

XI
Si quelqu'un de la Commune a confié son argent à quelqu'un de la ville, et que celui-ci, auquel l'argent aura été confié, se réfugie dans quelque château fort, le seigneur, eu ayant reçu plainte, ou rendra l'argent, ou chassera le débiteur de son château; si le seigneur ne fait ni l'une ni l'autre de ces choses, justice sera faite sur ses biens et sur ses hommes.

XII
Partout où le maire et les échevins voudront fortifier la ville, ils pourront le faire sur le terrain de quelque seigneurie que ce soit.

XIII
Les hommes de' la Commune pourront moudre leur blé et cuire leur pain partout où ils voudront.

XIV
Si le maire et les échevins de la Commune ont besoin d'argent pour les affaires de la ville, et qu'ils lèvent un impôt, ils pourront asseoir cet impôt sur les héritages et l'avoir des bourgeois et sur les ventes et profits qui se font dans la ville.

XV
Aucun étranger, censitaire des églises ou des chevaliers, établi hors de la ville et des faubourgs, ne sera compris dans la Commune que du consentement de son seigneur.

XVI
Quiconque sera reçu dans cette Commune bâtira une maison dans le délai d'un an ou achètera des vignes, ou apportera dans la ville assez d'effets mobiliers pour que justice soit faite s'il y a quelque plainte contre lui.

XVII
Si quelqu'un attaque de paroles injurieuses le maire en l'exercice de ses fonctions, sa maison sera démolie ou il payera rançon pour sa maison, ou s'abandonnera à la miséricorde des échevins.

XVIII
Nul ne causera ni vexation ni trouble aux étrangers de la Commune; s'il ose le faire, il sera réputé violateur de la Commune, et justice sera faite sur sa personne et sur ses biens.

XIX
Quiconque aura blessé avec armes un de ceux qui ont comme lui juré la Commune, à moins qu'il ne se justifie par le serment ou le témoin, perdra le poing et payera neuf livres : six pour les fortifications de la ville' et de la Commune, trois pour la rançon de son poing; mais s'il est incapable de payer, il abandonnera son poing à la miséricorde de la Commune. »


L'insurrection des bourgeoisies communales n'est que le symptôme d'un affranchissement universel, mais encore lointain. Il viendra ce jour de délivrance, mais il viendra lorsque tous, bourgeois et artisans des villes, vilains et serfs des campagnes, se soulèveront en masse contre les rois et les seigneurs. Oui, ce grandjour viendra!... dans des siècles peut-être, mais j'aurai du moins entrevu son aurore; j'aurai assisté au réveil de la vieille Gaule, endormie depuis six siècles  ... et je mourrai content !

Le Languedoc et la Provence, comme autrefois la Bretagne, sont les seules contrées indépendantes de la Gaule ; chaque cité a conservé pu depuis longtemps reconquis ses antiques franchises ; les villes forment autant de républiques gouvernées par des consuls ou des capitouls, magistrats élus du peuple.

Ce pays fortuné a peu souffert de l’oppression féodale, le servage y est presque inconnu ; la race des premiers conquérants germains, nommés Wisigoths, tribu beaucoup moins nombreuse et moins féroce que les tribus franques de Clovis, au lieu de se conserver unie, compacte, sans-mélange, comme dans le nord de la Gaule, a presque entièrement disparu par sa fusion avec la race gauloise et celle des Arabes, si longtemps maîtres du Midi.

Cette population, devenue pour ainsi dire un peuple nouveau, est pleine d'intelligence et d'industrieuse activité; on n'y voit aucune trace de fanatisme. La plupart des habitants, répudiant l'Église de Rome, y pratiquent la douce morale de Jésus dans sa pureté première. Les seigneurs, presque tous bonnes gens et sans orgueil, issus, pour la plupart, de marchands enrichis, continuent le négoce de leurs pères ou cultivent leurs champs ; ils cèdent le pas aux Consuls populaires;



[An 1300à 1426] LE TRÉPIED DE FER p 309
Ordonnance royale du 17e jour de janvier 1357 due à Etienne Marcel


" LES ÉTATS GÉNÉRAUX se réuniront à l'avenir toutes les fois qu'il leur paraîtra convenable (et ce sans avoir besoin du consentement du roi), pour délibérer sur le gouvernement du royaume, sans que l'avis de la noblesse et du clergé puisse lier ou obliger les députés des communes."

" Les membres des États généraux seront mis sous la sauvegarde du roi ou du duc de Normandie, protégés par leurs héritiers, et en outre les membres des États pourront aller par tout le royaume avec une escorte armée chargée de les faire respecter. Les deniers provenant des subsides accordés par les États généraux seront levés et distribués, non par les officiers royaux, mais PAR DES DÉPUTÉS ÉLUS PAR LES ÉTATS et ils jureront de résister à tout ordre du roi et de ses ministres si le roi ou ses ministres voulaient employer l'argent à d'autres dépenses qu'à celles ordonnées par les Etats généraux."

" Le roi n'accordera plus de pardons pour meurtre, viol, rapt ou infraction des trêves. Les offices de justice ne seront plus vendus ni donnés à ferme. Les frais de procédure et d'enquêtes et d'expédition seront réduits dans la chambre du parlement et celle des comptes, et les gens de ces deux chambres seront chassés comme exacteurs des deniers publics."

" Toutes prises de vivres, fourrages, argent, au nom et pour le service du roi ou de sa famille, seront interdites, et faculté donnée aux habitants de se rassembler au son de leur beffroi, pour courir sus contre les preneurs."

" Afin d'éviter tout monopole et toute vexation, nul des officiers du roi ne pourra faire le commerce des marchandises ou du change. Les dépenses de la maison du roi, du dauphin et de celle des princes, seront modérées et réduites à des bornes raisonnables par les États généraux; et les maîtres d'hôtels royaux seront obligés de payer ce qu'ils achèteront pour ces maisons. Désormais, le roi, le dauphin, les princes, la noblesse, les pré- lats, quel que soit leur rang, seront soumis à l'impôt ainsi que tous les citoyens."

" Il faut qu'il apprenne, ce peuple encore enfant et crédule, qu'il peut d'un souffle balayer ses maîtres souverains, issus de la conquête et sacrés par l'Église. Aussi, lorsqu'un jour, dans des siècles peut-être, ce peuple atteindra l'âge de virilité, il comprendra là ruineuse superfluité du pouvoir royal; mais ces temps sont lointains ! De nos jours, le peuple, ignorant et costumier, voudra, s'il détrône un maître, en couronner un autre, à condition qu'il soit prince. (…) quoi qu'il arrive, si le présent échappe au parti populaire, l'avenir lui appartient."


"Oui, quoi qu'on fasse, l'ordonnance des réformes de 1356 et l'action souveraine de l'Assemblée nationale en ces temps-ci laisseront des traces impérissables. J'ai semé trop hâtivement, disent les uns... et ils ajoutent : « A semailles hâtive, moisson tardive »"
Etienne Marcel




LES MYSTERES DU PEUPLE (295...)

"Alors, je me suis demandé quels services je pouvais rendre à l'Eglise catholique; j'ai regardé autour de moi, qu'ai-je vu ?... L'esprit de LIBERTÉ, cette pestilentielle émanation de l'humanité déchue, partout en lutte contre L’AUTORITÉ, cette émanation sacrée de la Divinité; je me suis promis de soumettre l'esprit de liberté au frein inflexible de l’autorité, de même que j'ai soumis au frein des chevaux indomptés.

Maître, cette génération pourrie, en nous abandonnant la direction de son âme, nous donnera plus tard l'éducation exclusive de ses enfants; nous élèverons ces générations selon qu'il convient, en les prenant du berceau à la tombe, en les façonnant, les pétrissant de telle sorte que, leurs appétits satisfaits, et à jamais délivrées des tentations de ces trois infernales rebelles Raison, Dignité, Liberté, ces générations, bénissant leur douce servitude, soient à nous ce que nous sommes à toi, ô maître ! Des serviles, des esclaves, des corps sans âmes, des cadavres !"

(…)

"— Parmi les obstacles que notre oeuvre rencontre ou peut rencontrer, vous avez cité la papauté, maître, parce que l'élection du sacré collège peut appeler au trône pontifical des papes faibles, stupides ou scélérats.
— Quel remède à cette éventualité?
— Constituer en dehors de la papauté du collège des cardinaux, de l'épiscopal, du clergé régulier, des ordres religieux, une compagnie dont les membres ne pourront jamais être élus papes, ni accepter aucune dignité catholique, si élevée ou si humble que soit celte dignité, de sorte que cette compagnie conserve toujours son indépendance, son action pour ou contre l'Eglise établie pour combattre ou pour défendre son chef.

—Quelle sera l'organisation de cette redoutable compagnie ?
 — Un général élu par ses membres la dirigera souverainement.
— Quel engagement prendront ses membres envers lui  ?
— Celui d'une obéissance muette, aveugle, servile.
— Que seront-ils dans ses mains ?
— Ce que nous sommes entre les tiennes, ô maître! Des instruments aussi dociles que le bâton dans la main d'un vieillard.

— Quel sera le théâtre de l'oeuvre de la compagnie ? Le monde entier.
— Comment se partagera-t-elle l'univers ?
— En provinces... province de France, d'Espagne, d'Allemagne, d'Angleterre, des Indes, d'Asie et autres, sous le gouvernement d'un provincial choisi par le général de l'ordre.
— La compagnie étant supposée organisée, quel nom prendra t-elle ?

— Celui de la COMPAGNIE DE JÉSUS.

— Indépendante de l'Eglise établie, dont elle n'attend ni ne veut rien, ni pourpre, ni crosse, ni bénéfices, la compagnie de Jésus, grâce à la commodité, à la tolérance de ses doctrines, conquerra bientôt le domaine et l'empire des consciences; elle confessera les laquais et les rois, le moine mendiant et le cardinal, la courtisane et la princesse, la bourgeoise, la cuisinière, la fille d'amour et l'impératrice. Le concert de celte immense clientèle agissant comme un seul homme, sous l'influence de la compagnie de Jésus, inspirée par son général, doit assurer à celui-ci une telle puissance, qu'à un moment donné il dictera des ordres à la papauté, la menaçant de déchaîner contre elle toutes les consciences et les bras dont il dispose.

Le général sera plus puissant que le pape.

En outre de l'action sur les consciences, la Compagnie de Jésus n'aura-t-elle point d'autres leviers secondaires ?

— Oui, maître, et des plus efficaces. Quiconque, laïque ou ecclésiastique, pauvre ou riche, femme ou homme, grand ou petit, abandonnera aveuglément son âme à la direction de la compagnie de Jésus, sera toujours et partout, et contre qui, et contre quoi que ce soit,  protégé, favorisé, défendu, innocenté par la compagnie et ses adhérents; le pénitent d'un jésuite verra s'ouvrir à ses yeux l'horizon des plus hautes espérances ; le chemin des honneurs, des richesses, s'aplanira devant lui ; un manteau tutélaire couvrira ses fautes, ses égarements, ses crimes; ses ennemis deviendront ceux de la compagnie, elle les poursuivra, les traquera, les atteindra, les frappera, quels qu'ils soient, où qu'ils soient, et par fous les moyens possibles, de sorte que le pénitent d'un jésuite pourra prétendre à tout, et ce sera quelque chose d'effrayant d'encourir ses ressentiments !

— Ainsi, vous avez foi dans l'accomplissement de notre œuvre ?
— Une foi absolue.
— Cette foi, qui vous l'a donnée?
— Toi, maître, toi, Ignace de Loyola, de qui le souffle nous inspire, toi, notre maître, celui par qui nous vivons...
— L'oeuvre est immense: dominer le monde! Et nous ne sommes que SEPT !...
— Maître, tu nous commandes, nous sommes LÉGION !

— Sept... Seulement sept, mes fils... Sans autre force que notre foi à notre oeuvre.
— Maître, la foi soulève des montagnes... Commande !

— Oh ! Mes vaillants disciples ! s'écria Ignace de Loyola, en se dressant sur sa béquille, quelle joie pour moi de vous voie ainsi pénétrés de ma substance, nourris de la moelle de mes doctrines !...

Debout ! Debout ! Le moment est  venu d'agir... voilà pourquoi je vous ai, ce soir, réunis ici, à Montmartre, où si souvent je suis venu méditer dans cet antre, celle seconde taverne de Manrès où, en Espagne, après de longues années, j'ai entrevu la profondeur, l'immensité de mon oeuvre... Oui, pour vous y associer à cette oeuvre, j'ai brisé, dompté, absorbé des personnalités ; j'ai fait de vous des instruments aussi dociles qu'un bâton dans la main d'un vieillard; oui, j'ai pris vos âmes ; oui, vous n'êtes maintenant entre mes mains que des cadavres ! Oh ! Mes chers cadavres ! Mes bâtons ! Mes serviles ! Mes esclaves ! Glorifiez votre servitude... elle vous donne l'empire du monde !... Vous serez les maitres de tous les hommes ! Vous serez les dominateurs de toutes les femmes !..."

 (…)
"Ignace de Loyola veut, par le tribunal de la pénitence, s'emparer des consciences ; par les conscience, des âmes ; par les âmes, des corps, et fonder ainsi la plus épouvantable tyrannie théocratique."

(…)
"- je ne sais point prêcher, moi, et encore moins lire et écrire. Je suis accoutumé dès mon noviciat à mes grandes aises, à l'ignorance, à la fainéantise, c'est pourquoi je soutiens l'Eglise de Rome, qui soutient mon ignorance, mes grandes aises et ma fainéantise..."
(Un moine)

IGNACE DE LOYOLA, GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
A. M. D. G.
(Ad Majorent, Dei  Gloriam)

"Le peuple instruit, par ces légendes (- de la famille Lebrenn -), de faits historiques qui doivent toujours être pour lui LETTRE CLOSE, si l'on veut qu'il ressente à l'endroit du trône et de l'autel une soumission aveugle, un respect et une terreur salutaires, ce mauvais peuple s'engagerait plus audacieusement encore à l'avenir dans ces révoltes dont pas un siècle n'a été à l'abri jusqu'ici, ce à quoi la société de Jésus, avec l'aide de Dieu, mettra ordre.

Il faut bien se rappeler ceci : il n'est point de petits ennemis ;  les causes les plus infimes produisent souvent de grands effets ; il suffit, à un moment donné, en un temps de rébellion, d'un homme de résolution pour entrainer le populaire. Or, grâce à sa tradition séculaire, la famille Lebrenn pourrait produire l'un de ces hommes-là. Nous devons prévoir cette occurrence et supprimer cette famille.

Cet exemple entre mille autres exemples prouve la nécessité des registres dont j'ai parlé. Je VEUX qu'il en soit tenu un dans chaque division par Je provincial de noire ordre ; JE VEUX que l'on inscrive en ce registre les noms des familles sur lesquelles l'attention de l'Ordre doit être plus spécialement attachée. Ces renseignements ainsi conservés et transmis de siècle en siècle offriront à notre Compagnie des moyens de surveillance et d'action sur les générations futures."


(...)


Et Eugène Sue de citer (en long) le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie aussi appelé par l'auteur Contr'Un :

''C'est le peuple qui s'asservi t, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d'être sujet ou d'être libre, quitte sa franchise pour le joug, qui consent à son mal ou plutôt le pourchasse; s'il devait coûter quelque chose de recouvrer sa liberté, je ne l'en presserais point, quoique ce soit que l'homme doive avoir de plus cher, que de reprendre ses droits naturels, et, à bien dire, « de bête redevenir homme »''

 ''Cependant, si on ne leur donnait rien, si on ne leur obéissait point, et cela sans combattre, sans frapper, ils demeureraient nus, défaits, ne seraient plus rien ; de même que la racine, n'ayant plus d'humeur ou aliment, devient une branche sèche et morte.''



Massacre de la Saint Barthélémy …

"Ah ! Mes amis ! Catherine de Médicis l'avait dit au père Lefèvre (Jésuite): « Engagez le Saint-Père et Philippe II à la patience... Endormons les Réformés dans une sécurité trompeuse... Je couverai l'oeuf sanglant pondu par Guise... et le même jour, à la même heure, les huguenots seront exterminés en France. » L’Italienne a tenu sa promesse : L'oeuf réchauffé dans son sein a éclos. L'extermination en est sortie toute armée."

(...)

"Soudain la veuve d'Odelin Lebrenn se dressa, pâle, Imposante, leva vers le ciel l'une de ses mains vénérables avec un geste de malédiction, et dit d'une voix solennelle, au milieu du profond silence de sa famille :

— Qu'ils soient à jamais maudits de Dieu et des hommes, ceux-là qui, aujourd'hui ou dans les siècles avenir, ne répudieront pas l'Eglise de Rome... cette Eglise infâme, la seule qui ait jamais enfanté de pareils forfaits !...

— Mort de ma soeur ! — s'écria le franc-taupin, — la voix d'Éstienne de la Boétie sera t-elle enfin entendue ? Verrons-nous tous se liguer contre UN ? Les opprimés, les artisans, la plèbe, anéantir enfin l'oppresseur et écraser la royauté?..."





Ah, lisez "Le juif errant" !!! Et  les Mystères de Paris, Les misères des enfants trouvés ... Lisez Jean Cavalier le fanatique des Cévennes, Jean Bart et Louis XIV, lisez !!! Lisez Frédéric Soulié aussi, Le vicomte de Béziers, Le comte de Foix, Sathaniel ... Et ... !!!




2017/04/27

Avis aux bossus



La vie dont nous jouissons n’est que la matérialisation éphémère et imparfaite de la vie éternelle. Notre âme en s’incarnant prend une apparence que nous considérons être nous-même. Cette incarnation n’est pas sans défauts ce qui nous fait tous regretter de n’être pas mieux lotis en ceci ou en cela, tant pour le corps que pour ses facultés.

Prenez une forêt de chênes. Chaque arbre est un chêne mais, non seulement tous sont différents mais pour un individu magnifique, il en est une multitude qui n’en sont que des copies imparfaites. De fait, chaque représentation de l’essence ‘chêne’ n’en est qu’une actualisation contingente qui dépend d’une infinité de facteur pour devenir un représentant de cette essence.

La nature fait des sauts, contrairement à l’avis des évolutionnistes (cf. par exemple les travaux d’Anne Dambricourt, de Bernard d’Espagnat …) et, chaque nouvelle espèce qui apparaît n’est pas l’évolution de celles qui la précède mais bien l’apparition d’une forme nouvelle ayant son essence et ses caractéristiques déterminées avant son apparition, sa matérialisation. Or, chaque représentant de son espèce, tout en étant imparfait tient sa nature de son essence.

Si donc chaque individu d’une espèce est imparfait du fait de sa matérialisation, sa nature elle est en tout point conforme à son essence. Si la vie matérielle n’est que la cristallisation de cette essence, et que cette vie existe en dehors de sa matérialisation, alors la nature de chaque individu d’une espèce est parfaite en dehors des conditions de son apparition conjecturelle.

Donc, sans perdre rien des caractéristiques de son incarnation, la nature même de chaque être est, en amont ou en aval de sa matérialisation ne peut avoir aucun des défauts qui nous chagrinent si fort en ce monde. En réalité, chaque individu est parfait dans son essence. Dans la vie qui précède et suit notre existence terrestre, les bossus n’ont pas de bosse …



2017/04/26

Rassoudok & Co



Plus de 10.000 kms à pied avec un âne et un mulet en 4 ans 
de France à la frontière Chinoise puis Afghane 
et retour faute de visas ... Morgane et David, une épopée incroyable,
des images magnifiques, des textes originaux, et
un courage incroyable:
à voir et à lire !!!




























EXTRAITS:


C'est du domaine de l'expérience. Ce sont des moments qui ne se racontent pas parce qu'ils ne peuvent pas être compris intellectuellement. Pourtant j'ai tellement envie de partager. Ce mutisme. Cette solitude main dans la main avec les éléments. Et Rassoudok à ma gauche. Et Cortex qui voudrait le doubler, encore et toujours. Le vent qui brûle mon visage de son fouet. Le froid. Mon corps au chaud sous toutes mes couches. Sauf mes doigts. Eux ils crient la brûlure du sang, comme les joues. Aux alentours il n'y a rien. Que nous.

Et même s'il est une rare voiture qui passe, il n'y a finalement toujours que nous. C'est comme ce vieil homme que j'ai un jour accompagné de mon accordéon, il marchait si lentement. Si lentement qu'il me donnait tout le temps de voir la vie avancer sans lui. Tout court autour. Tout s'emballe dans la vitesse. Tout nous laisse derrière. Et nous, le vieil homme, Rassoudok, Cortex et moi, nous observons. Ils ont l'accélérateur, nous avons le temps.



La neige s'ajoute. Elle s'infiltre entre mes cils et sous mes paupières. S'accroche dans les crins et les duvets. Les rafales dansent avec les flocons qui nous aveuglent. Ce souffle inlassable vient d'une respiration si lointaine... Il expire en discontinue car rien n'existe ici pour le stopper. Les monocultures défient l'horizon. Alors il rôde, perdu, à la recherche d'un affront. Si minces de nos maigres corps érigés sur cet espace lisse et sans fin nous sommes à peine une insolence. C'est pour ça qu'il nous aime bien. Le vent aime le culot. Il joue avec nous. Il sait que nous ne le ralentirons même pas. Il nous emplis de sa voix, de son rire. Nous sommes seuls face à lui qui nous compte ses poèmes. Marchons. Marchons droit vers le démesuré. Marchons droit vers l'inépuisable. Tout est froid au dehors. Tout est chaud au dedans.

Par chance les heures de lumière sont les plus courtes de l'année et l'espace créé par la solitude me gonfle d'énergie. Je ne cherche pas le contact avec les autres et limite mes échanges au minimum et à l'indispensable. L'overdose humaine du continent Asiatique est fraîche et mes sens ne demandent qu'à s'épurer du trop-plein qui les a engourdit. Je fais donc le choix d'une cure de mes congénères. Sans les éviter pour autant.
Je m'extasie devant la nature qui, avec mon petit âne et mon sage mulet, devient une fine complice à l'écoute de mes confidences et de mes histoires, attentive à mes besoins et porteuse de messages enfouis. Je me régale des silences. Je contemple et apaise mon corps qui parfois souffre du froid avec l'apaisement de mon esprit.


Chaque matin je me lève avant le jour, libère de sa corde l'un ou l'autre de mes compagnons aux longues oreilles et déplace l'autre sur un nouveau terrain d'herbes, chauffe un thé et avale une tasse de céréales, prépare le matériel puis dégèle au mieux la tente dont les tissus sont cartonnés de glace. Je brosse, cure et bâte Cortex et Rassou, puis m'élance sur les chemins aux premières lueurs. L'instant magique du jour. Les arrêts de mi-journée durent à peine deux heures, sauf en cas de bain et lessive, et la marche reprend jusqu'aux bâillements de la lumière, du moins jusqu'à un lieu propice au campement, avec en priorité un regard sur la qualité de l'herbage. 
Mes soirées, une fois les animaux débarrassés de leurs fardeaux, remerciés, cajolés, ayant bu et broutant, débutent par une fringale, avant de préparer la nourriture du lendemain midi, de pétrir et cuir mon pain, de chauffer l'eau qui servira à me laver les pieds dont l'entretient méticuleux permet seul la santé de tout le corps, de remplir la théière d'eau qui gèlera durant la nuit et sera fondu au matin au contact de la flamme du réchaud. Ensuite, une fois couvertures et duvets installés, je m’emmitoufle dans les couches qui seules me protègent des températures négatives pour dévorer des pages de livres à la lumière de ma lampe frontale, ou bien gratter une mine sur les lignes d'un cahier. Jusqu'à ce que le sommeil m'oblige à m'oublier.


Les journées passent et se ressemblent. Les rues des villes et villages figées par le froid sont grises, vides et éteintes, seules les cheminées qui fument et fendent les ciels de cristal de l’hiver assurent que des êtres vivent encore dans ces contrées, blottis derrière les murs. On ne les voit que rarement, à l'occasion, pour une attention furtive et touchante : un peu de foin, un café, un bout de fromage ou une pomme. Plus à l'Est, plus loin que le Bosphore, les gens ne cachent pas leurs visages à l’hiver, ils le narguent fièrement mains nues, emplissant les quartiers de toute la chaleur qu'ils contiennent, comme pour oser le contrepoids, comme pour rehausser les mesures des thermomètres qu'ils ignorent. Ici ça n'est pas pareil. On traverse l’hiver en le fuyant et sans lui piper mot, de peur qu'il ne se vexe et brandisse son épée. Autant qu'on louche généralement sur l'inconnu et qu'on l'évite s'il ne force pas l'échange, de peur d'on ne sait quoi. Je crois qu'en Bulgarie on a beaucoup peur, et que si le passé en est la cause, il serait grand temps de revenir au présent.

Les âmes que je recroise ici ont été forgées par ces dernières années de diverses manières, et ce qu'il me plaît à découvrir chez les autres c'est l'acceptation de ce qui est, un calme humble que je n'avais pas connu, ainsi qu'une nouvelle sagesse de décisions. Ce que je découvre en moi-même c'est l'évaporation de tout jugement, je ne vois plus que les efforts et la beauté des tentatives. L'air que nous respirons est gorgé d'apaisement commun.


Comme en signe de bienvenue les montagnes bombent leurs monts face à nous tout cependant que le ciel déverse ses eaux par torrents. La pluie qui trempe, dégouline douce et froide sur nos habits, génère les grelots du grain de notre peau. La pluie, artiste créant le vert, ce don, ce miracle. La pluie qui embrasse le monde, ses champs, ses forêts, ses toits, ses routes, ses trottoirs, ses chapeaux, ses mers et océans. La pluie qui immerge de son amour tout ce qui se trouve sous sa main, même les ingrats, comme je le fut moi-même longtemps. Moi qui eut vu la pluie telle des larmes, aujourd'hui je sais m'être fourvoyée. Elle est le baume que supplient toutes les terres assoiffée et brûlantes de poussières que nous avons côtoyé durant l'année passée.

La frontière Asiatique, ligne lumineuse immobile, à présent derrière nos dos, se suspend au-dessus des flots de la rivière. Ici même de nombreux émigrés se sont jetés et se jetteront sans doute encore dans un ultime espoir de rêve Européen. Comme nous l'a été compté de bouches-passées-par-là certains y ont perdu la vie, d'autres ont rejoint le continent avec succès, d'autres encore se sont fait prendre par les gardes-frontière, parfois lâchement dénoncé par des locaux. Vendre un être humain, qui plus est sans considération pour les risques qu'il vient d'endurer et les difficultés ou probables horreurs auxquelles il tente d'échapper, est au-delà de mes capacités de compréhension. Soyez sûrs qu'en cas de guerre les leçons de la seconde guerre mondiale sauront malheureusement se révéler abominablement inutiles.



Dans un excès d'indignation, David et moi assis sur le métal gelé d'un banc, enfermés à l'arrière d'un véhicule d'incarcération et traités comme des criminels, nous enrageons une énième fois contre la police. Ce qu'on appelle présomption d'innocence, au vu du comportement des pions de l’État, ressemble bien plus à une présomption de culpabilité qu'autre chose. Mais gardons le sourire, tant bien même ils nous obligent à quitter animaux et bagages au bord de la route et sans surveillance, tant bien même ils nous reluquent le sourcil hautain et haineux, la langue accusatrice et le crachat venimeux. Tant bien même, après avoir tout tenté, n'ayant rien à nous reprocher, ils paradent soudainement une hypocrite sympathie imprégnée de pitoyables excuses. «  Vous savez, avec tous ces étrangers qui tentent d'entrer...  » Bienvenue dans l'Union Européenne, la perle de la Démocratie et des Droits de l'Homme  ! Un exemple mondial de respect  !